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Cannes 2019 : Les Misérables, le regard avisé de Ladj Ly sur le monde des banlieues

Premier film français en compétition hier au Festival de Cannes avec Les Misérables de Ladj Ly. Une plongée saisissante dans le monde parfois surréaliste des banlieues au travers de la vie d’une brigade de la BAC qui va commettre une bavure policière. Une bavure filmée par le drone d’un jeune de la cité, ce qui va déclencher une série d’événements incontrôlables.

Après Jim Jarmusch, son casting 5 étoiles et ses zombies en ouverture, le Festival de Cannes a proposé hier une montée des marches inédite avec la projection du film de Ladj Ly  « Les Misérables ».  Le cinéaste français a foulé le tapis rouge du Palais des Festivals pour son premier long métrage de fiction. Ladj Ly n'en est pas pour autant à son coup d'essai et s'était révélé avec des documentaires en immersion comme 365 jours au Mali ou 365 jours à Montfermeil qui offrait un regard singulier sur les émeutes de banlieues en 2005.
Montfermeil, la ville dans  laquelle Victor Hugo avait situé l'auberge des Thénardier, est encore le théâtre du premier film français en compétition cette année, mais Les Misérables d'aujourd'hui ne ressemblent guère à ceux de l'époque de Victor Hugo.

Le film raconte l'histoire de Stéphane, un flic de la Brigade Anti-Criminalité de Cherbourg muté à Montfermeil. Pour sa première journée en forme de bizutage dans le 93, ses collègues l'embarque pour une patrouille au cœur d'une cité sous la coupe des Frères Musulmans d'un côté et des trafiquants de drogue de l'autre. Une cité où les jeunes ados sont souvent livrés à eux-mêmes. Leur désœuvrement les pousse parfois à faire des conneries et l'une d'entre elles va dégénérer et se terminer par une bavure policière.  Une bavure filmée par un drone ce qui va générer une situation qui deviendra vite incontrôlable. 

Une plongée dans l’univers des cités

Pour filmer cette cité qu'il connaît comme sa poche, Ladj Ly prend tout d'abord son temps pour laisser le spectateur s'imprégner de cet univers parfois surréaliste où les flics n'ont pas le beau rôle. Face à des jeunes qui chantent à tue-tête la Marseillaise un soir de match de coupe du monde mais qui n'hésitent pas à  se rebeller face à l'autorité qu'ils représentent, leur comportement n'est pas toujours exemplaire et ils leur arrivent d'abuser de leur pouvoir. Pour autant, Ladj Ly ne leur jette pas totalement la pierre et met en lumière les situations souvent improbables auxquelles ils sont confrontés ainsi que leurs conditions de vie difficile qui en font aussi quelque part des misérables. Au fil de l'enchaînement des événements,  le film va ensuite s'accélérer pour monter crescendo jusqu'au dénouement final.

Avec son regard avisé sur le monde des banlieues et sa triste réalité,  Ladj Ly parvient à captiver le spectateur et à susciter son intérêt.  Sa place en compétition à Cannes n'est pas usurpée même s'il aura sans doute du mal à se faire une place au palmarès. Mais pour lui l'essentiel n'est probablement pas là. Il a avant tout souhaité braquer les projecteurs sur la vie dans les cités et, là, la mission est accomplie.

 


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