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Eduardo Arroyo à la Fondation Maeght

Depuis samedi et jusqu’au 19 novembre, la Fondation Maeght accueille sur ses cimaises les œuvres d’Eduardo Arroyo considéré comme l’un des plus grands artistes espagnols de sa génération. A travers un parcours thématique, les visiteurs peuvent découvrir quelques-unes de ses œuvres majeures peintes depuis 1964, mais également ses dernières réalisations dont certaines ont été conçues cette année spécialement pour cette exposition.

Rattaché au courant de la figure narrative qui s’est développé au début des années 1960, Eduardo Arroyo est un artiste engagé qui refuse toute esthétisation de l’art et qui souhaite que sa peinture soit accessible au plus grand nombre. A travers des jeux d’images dont l’origine est tant la société que l’histoire, l’histoire de l’art ou la littérature, il dépeint l’humanité. Pour Olivier Kaeppelin, le Directeur de la Fondation Maeght : « L’art prend, chez Eduardo Arroyo, une dimension de fable politique, philosophique ou sociale, quand il cherche à représenter les jeux, les signes, les langages, les chansons de geste des pouvoirs après lesquels court l’humanité ». Artiste engagé, Eduardo Arroyo utilise les images produites par nos sociétés pour démontrer l’efficacité de l’art contre les idéologies, notamment lorsqu’il quitta l’Espagne franquiste en 1958 pour s’exiler à Paris.

L’’Espagne obsédante

Né en 1937 à Madrid, Eduardo Arroyo est un enfant de la Guerre d’Espagne, qui chercha très vite à quitter l’atmosphère irrespirable de l’Espagne franquiste. Après avoir eu l’intention de devenir journaliste, il se servit vite de ses pinceaux pour combattre l’arbitraire politique, en particulier celui de son pays sous le régime du Général Franco. 

La première partie de l’exposition de la Fondation Maeght rend compte de cette Espagne obsédante qui revient sans cesse dans son œuvre. Celle-ci raconte l’exil, traite d’assassinats politiques et d’oppression. Dès l’entrée, le public est happé par le portrait de Tina, la femme du mineur Perez Martinez, qui prit la tête d’un mouvement de grève dans les mines en 1962. Le visage de cette femme, dont la tête vient d’être rasée publiquement par les franquistes, pleure et les larmes coulent le long de ses joues. Elle porte des boucles d’oreilles aux couleurs de l’Espagne qui sont également présentent, comme dans certains faire-part, dans l’angle gauche du tableau. Avec une retenue traduite par une extraordinaire économie de moyens, le peintre crée une icône digne et noble de la douleur. Elle est la confrontation avec la mort qui ne cesse de ponctuer l’œuvre d’Arroyo.

Même lorsqu’il retournera dans son pays en 1976, l’image de l’Espagne continuera à hanter Eduardo Arroyo qui cherchera à panser ses plaies ouvertes dans ses créations. Entre réalité et fiction, ses toiles évoquent, sur un ton dramatique, quelques figures sacrificielles d’exilés comme l’intellectuel José Maria Blanco qui, dans une série de tableaux,  prend la forme d’un personnage vidé de sa substance, composé plus de vêtements que de corps et observé par les espions de lieu en lieu.   

Les œuvres récentes

 

Après l’Espagne obsédante, la séquence suivante est consacrée aux œuvres récentes d’Eduardo Arroyo dont certaines ont été réalisées spécialement pour cette exposition. La majeure partie de ces travaux récents sont liés à l’histoire de l’art et de la littérature. En préservant toujours un côté décalé et facétieux, ces toiles colorées mettent en scène ou évoquent des peintres comme Van Gogh sur le billard d’Auvers-sur-Oise et Hodler et son modèle  ou des écrivains comme Oscar Wilde avec le personnage de son roman Le Portait de Dorian Gray, James Joyce  ou Miguel de Cervantes. Dans son grand tableau Le retour des croisades, Eduardo Arroyo représente un Don Quichotte, sur un cheval rustiné, qui pour rentrer chez lui à la fin de sa vie traverse tous les paysages d’Espagne. Des paysages qui ne sont pas des paysages réels, mais des paysages de peintures.

Une relecture singulière de l’Histoire de l’Art

 

Si les références à l’histoire de l’art sont très présentes dans ses dernières œuvres, Eduardo Arroyo s’était déjà frotté à elle par le passé ainsi que les visiteurs peuvent le découvrir dans deux autres salles de la Fondation. La première est dominée par une œuvre majeure réalisée lors d’un séjour à Berlin en 1976. Dans La Ronde de nuit aux gourdins, Arroyo revisite le célèbre tableau de Rembrandt. Encadré par deux panneaux représentant des paysages urbains crépusculaires, son pastiche présente des personnages munis de battes de base-ball et de gourdins remplaçant les épées, mousquets et arquebuses des guerriers du XVIIe siècle.

Dans l’autre salle, Arroyo met en scène une œuvre exceptionnelle dans laquelle il réinterprète au crayon, sur des feuilles de papier, en transposant à taille réelle le retable de L’Adoration de l’agneau mystique, un polyptique de dix panneaux peint par les frères Hubert et Jan Van Eyck. Mais à la place des pairs de l’église, des nobles ou des personnages du peuple, Arroyo fait surgir d’un côté une flopée de dictateurs, de Mao Tsé Toung à Pol Pot en passant par Staline et le Général Videla, tandis que de l’autre, sont représentés des écrivains parmi lesquels ont reconnait notamment Hemingway, Erasme, Byron ou Freud.

Les Figures du pouvoir désacralisées

 

Enfin, la dernière séquence de l’exposition fait la part belle à un thème récurrent dans l’œuvre d’Arroyo : le portrait, souvent dressé à charge avec ses images moqueuses et critiques. L’artiste désacralise souvent de grandes personnalités en offrant des interprétations à double sens comme dans sa série sur Bonaparte. Le vainqueur du Pont d’Arcole représenté héroïquement dans les manuels d’histoire est caricaturé par Arroyo grâce à des formes anamorphosées.

L’esprit critique et caustique du peintre espagnol se retrouve également dans sa série sur Winston Churchill et la Reine d’Angleterre. Le premier ministre britannique est représenté assis de dos dont on reconnait l’imposante stature, mais en position de peintre sur son pliant. Pour s’attaquer aux « grotesques » de notre temps, Arroyo se délecte d’une mise en scène du vide comme dans Le Meilleur cheval du monde, un portrait équestre d’Elisabeth II présentée anonyme, le visage dévoré par la peinture.

Légende photos :

Eduardo Arroyo à la Fondation Maeght devant « Ronde de nuit aux gourdins »

La mujer del minero Pérez Martinez llamada Tina es rapada por la policia, 1970

José Maria Blanco White se sent observé près de Cock Lane, 1979

Le retour des croisades, 2017

Ronde de nuit aux gourdins, 1975-1976

Pont d’Arcole, 1964

Le meilleur cheval du monde,1965


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