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Franz Olivier Giesberg au CPM06 : "le journalisme c’est la critique permanente de tout"

Démission du Pdg Claude Perrier remplacé par Jean-Christophe Serfati (ex-Logic Immo) et arrivée du journaliste Franz-Olivier Giesbert comme directeur de la publication et du développement : le quotidien La Provence à Marseille a connu début mai un grand chamboule tout. Président du club de la presse Méditerranée, Paul Barelli a choisi l'occasion du Festival du Livre de Nice dont FOG est le président pour le rencontrer. Avant sa prise de fonction à La Provence, les confidences de l'éditorialiste du Point sur le métier de journaliste.

Voici l'entretien que Paul Barelli, président du Club de la presse Méditerranée et correspondant du Monde, a réalisé et publié hier sur le site du CPM06 et que nous reprenons avec l'accord de l'auteur. "Franz-Olivier Giesbert, Président du Festival du Livre de Nice s’est livré à des confidences sur la profession de journaliste qui n’a jamais été autant critiquée. L’éditorialiste du Point qui entre en fonction comme directeur éditorial en charge des projets à la Provence dresse un constat sévère sur la profession.

Les critiques visant la presse ne datent pas d’hier. Les journalistes n’aiment pas se remettre en question. Ils considèrent que ce qu’ils écrivent est la vérité révélée. Et les polémiques entre des journaux auxquelles on assiste aux Etats-Unis en particulier, on en trouve très peu de cas en France.

C’est le premier point, une réaction corporatiste dès qu’un homme politique par exemple attaque les journaux ces derniers se serrent les coudes en disant « c’est une honte ». Il n’a pas le droit. C’est une forme de repli corporatiste. Je fais partie des gens qui trouvent normal qu’un homme politique qui a été attaqué et Dieu sait si j’en ai attaqué et Dieu sait s’ils m’ont répondu. Je trouve normal qu’il réplique.

Nicolas Sarkozy a essayé de me virer

Je ne vais pas pleurnicher parce que Nicolas Sarkozy a essayé de me virer pendant des années des différents postes que j’occupais à la radio, au Point, à la télé, c’est vrai que je n’étais pas blessé par le fait que des hommes politiques cherchent à me nuire.

On ne peut pas avoir tout dans la vie, et si on a la liberté de dire ce que l’on pense, les autres ont la liberté d’essayer d’agir contre vous. Je l’accepte, je ne dis pas que je ne me bats pas, évidement je me bats. Mais je ne suis pas dans cette position qui voudrait que tout ce qu’on dise ou écrive soit la vérité : je crois à la critique. Le journalisme c’est la critique permanente de tout. Cependant, et c’est le deuxième point que je soulève, les journalistes pratiquent beaucoup moins l’art de la contradiction comme ils pouvaient le faire dans le passé !

Je suis de la vieille école. J’ai été élevé au lait de Jean Daniel, de Jean-François Khan et de gens comme cela. Et je pense que dans un journal il est normal d’avoir une ligne éditoriale.

Le vrai patron du journal c’est le lecteur

Il est très important que tout le monde puisse s’exprimer dans ses colonnes. Raymond Aron disait que le vrai patron dans un journal ce n’était pas le propriétaire ni le directeur de la pub, directeur de la rédaction. Le vrai patron c’était le lecteur.

Dès lors, les journalistes doivent avoir un grand respect pour le lecteur. Il n’a pas acheté un journal pour lire ce qu’il pense. Le lecteur est intelligent – je ne le méprise jamais et je sais qu’il veut les réactions des diverses palettes sur un sujet, il aspire à des angles, de la variété. Force est de constater qu’il existe une tendance dans de nombreux journaux à maintenir une ligne éditoriale qui est un bloc. On le voit bien dans certains quotidiens, je ne veux pas citer de noms mais c’est incroyable.

Je crois que c’est le gros problème que nous avons à affronter. Il faudrait dans l’avenir un peu plus de modestie, un peu plus d’ouverture, un peu plus de tolérance, de rire aussi..Les journaux ressemblent un peu à la société des mouroirs qui déroulent toujours le même fil qui va toujours dans la même direction.-

CPM06 : Que pensez-vous de l’attitude du président vis-à-vis des journalistes : une certaine mise à l’écart. Il existe une défiance entre le pouvoir et la presse.

Le parisianisme explique le côté « moutonnier » des journaux.

A mon avis c’est sain qu’il y ait une défiance du pouvoir avec la presse. Sinon cela signifie que l’on a une presse couchée. Ce qui est vrai – et c’est le troisième point contre lequel je m’insurge, c’est le côté « moutonnier » des journaux, il y a un journal du soir par exemple qui fixe un peu la ligne sur les grands sujets et ce sera repris partout : c’est malsain. Et c’est lié à quelque chose de très simple, c’est le parisianisme.

Nous vivons dans un pays Jacobin et toute la presse nationale est à Paris. La presse des régions ne devrait pas exister aux yeux des parisiens qui fixent la ligne. C’est un système profondément malsain qui n’a rien à voir avec ce que l’on connait en Italie, où il y a des journaux nationaux dans les grandes villes. En Allemagne, il existe des journaux à Hambourg, Frankfort. En France tout est à Paris et n’importe quel journal que vous lisiez c’est à peu près la même sauce : le moutonisme. Ce mot très Rabelaisien est un des pires ennemis du journalisme. Il faut rechercher aussi le dissensus plutôt que systématiquement le consensus. La vérité ce n’est pas quelque chose que l’on vous sert tout prêt, elle peut changer parce que l’actualité change et dément parfois des vérités que vous croyiez révélées.

Avec Macron on assiste à un président qui sait que la presse à un moment donné va faire du Macron Bashing après avoir « Bashé » toute la classe politique. La presse se montre ridicule quand elle proteste au sujet des voyages du président parce que pourquoi ce serait au contribuable de payer en partie les frais de déplacements.. Les Français rigolent, j’ai vu des réactions à Marseille chez les gens. Ils se marraient. Ils croient que quand on fait un voyage présidentiel on ne paye rien, ce n’est pas vrai. On paye une partie mais il y a toutes sortes d’avantages. Donc c’est à la presse de s’organiser.

Je n’ai jamais pensé qu’il y avait un complot dans l’affaire Fillon

CPM 06 : L’affaire Fillon a-t-elle été marquée par un certain acharnement journalistique ?

Le Canard Enchainé a fait formidablement son travail et nous donne régulièrement des leçons de journalisme. J’ai bien aimé quand il a sorti l’affaire. Cependant, on est en droit de se poser des questions sur l’extrême rapidité du Parquet national financier qui se saisit sur le champ alors que dans l’affaire Ferrand il ne s’est manifesté à l’heure où nous parlons. Après cette histoire on peut s’interroger sur la façon dont la justice française fonctionne.

Je ne conteste pas le démarrage de l’Affaire Fillon. En revanche, par la suite il y a eu une tendance au feuilletonage qui est devenue assez ennuyeuse avec toujours le même genre d’article. On peut considérer que la presse en a trop fait et d’un autre point de vue que c’était normal qu’elle en ait trop fait.

CPM06 : Les journalistes ne sont-ils pas devenus des justiciers ?

Moi je ne suis pas d’accord. Dans l’Affaire Ferrand il n’y quasiment pas un journal qui ait posé la question de la non saisie du Parquet national financier. Personnellement, j’ai beaucoup d’estime pour la personne de Richard Ferrand d’ailleurs de même pour la personne de Fillon. Ferrand est quelqu’un que je respecte qui a beaucoup apporté à Macron, lequel lui doit beaucoup. Je ne verse cependant pas dans le travers « à mort. Au poteau ! » de certaines publications; mais je pense que pour Fillon et ensuite pour Ferrand il y a eu « deux poids deux mesures ».

Entretien Paul Barelli


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