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Guillaume Pertinant : "Les RPS et le syndrome du conducteur"

Pourquoi en entreprise, quand la vitesse augmente, cette incompréhension entre "top management" et salariés ? Spécialiste de la prévention des RPS (Risques Psycho Sociaux en entreprise), Guillaume Pertinant, l'explique par le "syndrome du conducteur". Le risque n'augmente pas dans les mêmes proportions suivant que l'on soit conducteur ou passager et que l'on ait ou non le contrôle du "véhicule".

Directeur d'Havasu à Sophia Antipolis, Guillaume Pertinant, l'ingénieur chez les DRH joue dans cet avis d'expert la métaphore automobile pour expliquer l'incompréhension qui souvent s'installe entre le "top management" et les salariés quand tous les processus de l'entreprise s'accélèrent. Voici sa tribune intitulée "Les RPS et le syndrome du conducteur" que l'on pourra retrouver également dans son blog ("Un ingénieur chez les DRH"). Une tribune qu'il éclaire d'un célèbre sketch : celui du permis de conduire de Jean Yanne et Lawrence Riesner.

Les RPS et le syndrome du conducteur

En matière de prévention des RPS, j'observe dans les entreprises des incompréhensions portant les caractéristiques de ce qui pourrait être qualifié de syndrome du conducteur. Celui-ci peut se définir comme l'incompréhension réciproque entre le conducteur et le passager d'une voiture lorsque la vitesse de cette dernière augmente.

Si le risque augmente avec la vitesse, il n'augmente pas dans la même proportion selon que l'on soit conducteur ou passager ! Mais ceci, conducteur et passagers l'ignorent généralement. De ce fait, le conducteur ne peut comprendre l'anxiété du passager, qui en retour ne peut comprendre la placidité du conducteur.

Cette différence notable s'explique principalement par la dynamique du contrôle. Là où le conducteur dispose de leviers pour agir en cas de soucis, le passager n'en dispose pas. Or l'absence de contrôle est synonyme d'anxiété.

Tel est d'ailleurs le lien entre cette métaphore automobile et le stress en entreprise. Bien souvent, les membres du comité de direction et les top managers ont, de par leur fonction, un contrôle, une latitude concernant la conduite de l'entreprise.

Bien souvent également, les employés ne disposent pas du même niveau de contrôle. Et quand l'économie globalisée se manifeste sous forme d'une vive accélération du temps qui accélère tous les processus, y compris ceux qui ont des conséquences structurelles sur l'entreprise, les employés souffrent. Et puisque les décideurs ont le contrôle sans savoir que l'absence de ce dernier est lié à l'anxiété, ils ne peuvent pas comprendre le stress des employés et leurs revendications à ce sujet.

De l'autre côté, puisque les employés n'ont pas de contrôle et ne savent pas non plus que la présence de ce dernier est souvent synonyme d'absence d'anxiété, ils ne peuvent pas comprendre l'indifférence des décideurs. Dans l'ignorance de l'importance du contrôle, décideurs et employés s'épuisent ainsi à communiquer sur deux plans différents.

Il y a une réalité scientifique à tout cela, celle des travaux de Karasek. Ce dernier à démontré que le stress vient justement de la conjonction d'une demande perçue comme étant élevée et d'un contrôle perçu comme étant faible. Le but est donc d'en finir avec le syndrome du conducteur en brisant cette ignorance par des actions de vulgarisation.

Pour finir, et puisque rire ne fait jamais de mal, voici le souvenir ancien d'une autre histoire de conducteur, de passager, de stress et de contrôle : Jean Yanne et Lawrence Riesner "Le permis de conduire"

Guillaume Pertinant


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