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L'autre visage d'Anny Courtade, la "dame de fer" de la distribution

Ancienne professeur de lettres passée dans l'entreprise, Anny Courtade est connue comme "patron" de centres Leclerc, présidente comblée de l'équipe féminine de volley-ball cannoise et pour bien d'autres activités sociétales. Dominique Perron Rousset a cherché à aller au-delà du personnage public.

Anny Courtade est ce que l'on peut appeler un personnage de la grande distribution française. Présidente de Lecasud, la centrale d'achat de Leclerc dans le sud-est (un milliard d'euros de chiffre d'affaires annuel), du Centre Leclerc Melhodi au Cannet, cette ancienne professeur de lettres est aussi présidente de la commission "adhérents" du groupement Leclerc. Des activités professionnelles qui n'empêchent pas ce "patron" hyperactif de s'occuper entre autres de sport à travers la présidence du Racing Club de Cannes Volley-ball féminin avec une équipe qu'elle a menée plusieurs fois au titre de championne d'Europe. Cela sans compter des activités sociétales comme membre élu de la CCI Nice Côte d'Azur, ou présidente de l'Orchestre régional de Cannes Provence Côte d'Azur ou encore présidente du Club APM (Action, Progrès, Management). Et ce ne sont là que quelques exemples.

Très souvent à la Une des médias régionaux, Anny Courtade est bien connue du public. Trop connue même. Tant et si bien que l'on ne retient souvent d'elle que la façade, le visage de la femme qui a si bien réussi. Pour le cinquième de ses Entretiens Privés, Dominique Perron Rousset a cherché à aller plus loin et à percer la carapace du chef d'entreprise et de la femme publique. Fondatrice de Tara Communication, cabinet conseil en image et management spécialisé en communication financière, Dominique Perron-Rousset s'attache à l'autre visage d'Anny Courtade, la "dame de fer" de la grande distribution française. Il se découvre dans l'entretien retranscrit ci-dessous ainsi que dans "Le questionnaire de Proust".

 

L’environnement

Je me gare dans le parking, en sous-sol, du centre Leclerc et me dirige jusqu’à l’entrée discrète des bureaux. L’accueil est animé. Un fournisseur attend et, derrière le comptoir, 3 personnes parlent dont l’assistante d’Anny Courtade qui me salue puis m’emmène jusqu’au bureau de la dirigeante.

Le bureau d’Anny Courtade est toujours ouvert. Debout et souriante, toute de noir vêtue, elle m’invite à m’asseoir. Son grand espace de travail, comme elle aime à le souligner, est rempli de documents. Pas un centimètre carré qui ne soit occupé. Les grandes étagères en bois qui couvrent une partie du mur sont chargées de livres.

Sur le mur, sont accrochés des photos, des croquis humoristiques et je remarque aussi une toile, rouge, de Ben (qui la suit depuis longtemps) "L’essentiel est que je communique". Je le constaterai, lors de l’interview, elle aime solliciter ses collaborateurs pour connaître leur point de vue.

 

L’image d’Anny Courtade et de son entreprise

DPR- Au sein de votre entreprise comment pensez-vous être perçue ?

AC- Sévère mais juste et à l’écoute. En effet, je pense que sans autorité, il ne peut pas y avoir d’ordre, de réflexion, de responsabilité et de résultats. Il ne faut pas oublier que je suis un ancien professeur et cela laisse des traces…

Comment êtes-vous, vraiment ?

Je ne suis jamais satisfaite. Je suis toujours perfectible sinon je serais en régression. Je suis, également, en état de veille permanente que ce soit pour les êtres humains ou pour les faits. Je pense que les gens me perçoivent beaucoup plus sévère que je ne le suis car j’essaye de me protéger par une carapace.

Comment souhaiteriez-vous être perçue ?

Comme un patron responsable, comme un entrepreneur car j’ai la passion de FAIRE et, également, comme quelqu’un d’innovant, dans mon métier. Une femme d’idées, d’action et d’anticipation. C’est un métier ou il faut, en permanence, anticiper les besoins des clients.

Sur quels points, personnellement, travaillez-vous pour y arriver et progresser ?

Par l’introspection, par la réflexion notamment lors des échecs, pour en tirer une leçon. En parlant, en échangeant beaucoup avec mes collaborateurs et également avec mes autres collègues Leclerc puisque je fais partie du comité stratégique du groupe, que je préside la commission d’agrément et, que je suis la présidente de la centrale.

Et, aussi avec l’association APM - Action Progrès Management -, tous les mois nous avons trois quart de la journée consacrée à des travaux. Nous sommes 25 chefs d’entreprises et, avec un intervenant de haut niveau, nous travaillons sur un thème que nous avons choisi (leçon magistrale, débat et travaux pratiques).

Auprès de vos clients, comment pensez-vous être perçue ?

Les clients me connaissent car j’ai toujours exploité des hypermarchés ou des supermarchés, en centre ville. Ils me voient dans le magasin, me reconnaissent dans les médias et aussi à travers le sport. Ils sont toujours très étonnés de la multitude de fonctions différentes que j’occupe. Ils me félicitent pour les succès, des succès qu’ont mes équipes bien sûr et, ils s’y identifient. Surtout les femmes...

Vos fournisseurs, selon vous, comment perçoivent-ils votre entreprise ?

Le groupe est perçu comme un mouvement exigeant, surtout au prix de cession de leurs marchandises. Puisque c’est notre fond de commerce, nous sommes l’enseigne la moins chère de la grande distribution, nous sommes extrêmement vigilants sur les tarifs et le cahier des charges de la qualité des produits.

Et vous, comment vous perçoivent-ils ?

Je ne rencontre les fournisseurs que lorsqu’il y a un réel problème qui n’a pas été solutionné aux diverses étapes de la négociation. Je crois qu’ils me respectent (je suis la seule femme à occuper ces fonctions) et, sans doute, ils me reconnaissent compétente en la matière. Je pense au respect, également, grâce à toutes les fonctions œcuméniques que j’occupe, sociales, économiques, culturelles et sportives.

Auprès de vos pairs, quelle image, personnellement, pensez-vous transmettre, à l’extérieur de votre entreprise ?

Sans doute, comme quelqu’un ayant un sacré caractère, du dynamisme et de la pugnacité : une battante ! Mais, peut-être, faut-il le leur demander ?

Est-ce que cela vous convient et qu’aimeriez-vous changer ?

Cela me convient en façade mais ceux qui me connaissent savent que je suis hypersensible, voir sentimentale et très fidèle en amitié. J’aimerais être quelquefois moins abrupte, moins directe et, si je le pouvais, éviter de prendre en charge les problèmes de tout le monde.

 

Parcours de l’entreprise 

Vous êtes une femme, qu’avez-vous fait pour vous imposer dans la grande distribution ?

Rien, j’ai travaillé. J’estime qu’il n’y a pas de sexe pour un cerveau et, je ne vois pas pour quelles raisons, on devrait en faire des tonnes… Je suis, simplement, un patron. Je n’ai rien fait de particulier, je ne travaille qu’avec des hommes et ce sont eux qui m’ont élue. J’espère qu’ils ne me voient pas comme un homme (rires). Je crois que le fait d’être une femme, c’est un plus. En effet, nous avons les compétences professionnelles d’un homme et une intuition, une qualité d’écoute, une sensibilité, une pédagogie différentes.

Vous êtes la présidente d’une équipe de volley-ball féminin (le Racing Club de Cannes). Peut-on transposer les méthodes du sport à l’entreprise et/ou de l’entreprise au sport ?

Il y a des valeurs identiques entre l’entreprise et le sport. L’esprit d’équipe, les objectifs, le respect de l’autre, l’émulation, le dépassement de soi, l’envie de gagner pour que tous en profitent. Si n’avez pas cela, vous ne gagnez pas.

Comment faites-vous dans les moments difficiles?

Je réfléchis à mon parcours et au chemin que j’ai parcouru. Je suis née avec des handicaps qui se sont transformés en force. On dit que "le cœur se brise ou se bronze" (la carapace). J’ai été orpheline de mère à 2 ans, puis de père. Elevée par mes grands parents, des émigrés toscans, qui étaient mineurs. Dans les mines de porphyre bleu au Dramont. (Note de DPR- elle me montre une photo prise à cette époque où l’on peut voir ses grands parents et sa mère enfant). On vivait dans des corons au soleil, dans la misère mais dans la solidarité.

Je relativise parce que j’ai connu de grands chagrins (deux fois veuve) et je tire ma force de toutes ces épreuves. En fait, ma chance est d’avoir eu de la malchance. Je pense aussi qu’il y a au dessus de nous, une force qui nous dirige et qui reste le BIEN. Je suis persuadée que les êtres chers qui ont disparu sont seulement silencieux et jamais absents. Ils continuent à veiller sur nous et, dans les moments difficiles, à nous aider à prendre les décisions.

Dans les décisions difficiles, je dialogue beaucoup avec mes collaborateurs et quand j’ai fait mon miel de tout ce qui peut alimenter ma réflexion, surtout sur les points de vue divergents, je reste seule devant ma décision, ses conséquences et je l’assume. C’est la solitude du chef d’entreprise. Je dis toujours à mes collaborateurs qu’ils ont le droit à l’erreur, je leur donne les moyens de leurs objectifs, ils sont autonomes et responsables mais ils ont obligation de résultats. Et, surtout ne pas faire deux fois la même erreur…

 

La question d’actualité

Face au ralentissement économique actuel, quel est votre sentiment personnel sur les actions à entreprendre ?

J’aimerais que les médias cessent d’alimenter la sinistrose et parlent "positif". Si on veut relancer la consommation et ne pas se confiner à un attentisme et une frilosité désastreuses, nocifs pour le moral et l’économie. On doit transformer cette ‘’crise’’ en opportunité pour être plus créatifs, plus vigilants envers la satisfaction client, être encore plus ‘’entreprise citoyenne’’ et plus solidaires les uns des autres. Je le crois, profondément.

Dominique Perron Rousset


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