ShareThis

Nice-Matin : un Nouvel An 2019 de tous les dangers

Nethys, l'investisseur, montera-t-il à 51% du capital de la SCIC Nice-Matin comme l'oblige le pacte d'actionnaires qu'il a signé ? A 10 jours de la date limite du 31 décembre 2018, c'est toujours le silence radio. Ni oui, ni non. D'où de sérieuses inquiétudes pour les 800 salariés d'un groupe régional de presse qui voit s'accumuler les turbulences et les menaces à l'approche du Nouvel An 2019.

Montera au capital de Nice-Matin ? Ne montera pas ? A quelques jours du 31 décembre, la "date limite", le Belge Nethys  entré en 2016 dans le capital du groupe de presse régional n'a toujours pas annoncé sa décision de respecter ou non le pacte d'actionnaires qu'il a signé alors, pacte qui l'engage à passer de 34% à 51% avant la fin de l'année 2018, et de prendre ainsi le contrôle de la SCIC (Société coopérative d'intérêt collectif) propriété des salariés. D'où évidemment de sérieuses inquiétudes pour Nice-Matin (800 salariés). Car si son exploitation n'est plus déficitaire, en revanche le groupe, racheté en 2014 par les salariés à la barre du Tribunal de Commerce de Nice, reste redevable d'un montant total estimé entre 20 et 30 millions d'euros.

Nice-Matin ne peut se passer d'un investisseur

Il reste en effet à rembourser plusieurs prêts accordés pour la reprise en 2014 (2 M€ par la Région, 1 M€ par Carrefour), à provisionner les départs qui ont été engagés et notamment les clauses de cession (7 à 8 M€ selon les évaluations), payer des retards aux Caisses de retraites (2,5 M€), à l'URSSAF (4,5 M€), à certains fournisseurs (3 à 4 M€)… Bref, comme cela était par ailleurs prévu lors de la reprise, le groupe Nice-Matin ne peut se passer d'un investisseur. D'où les regards inquiets sur Nethys.

Les incertitudes de ce groupe industriel wallon, engagé depuis seulement quelques années dans les médias, ne datent toutefois pas d'hier. Les pressions du Parlement et du gouvernement wallon pour qu'il se désengage de ses participations minoritaires presse du sud de la France (Nice-Matin mais également La Provence) se sont intensifiées. Au début 2018 déjà, Nethys s'interrogeait en interne sur son "meilleur périmètre d'action" et nouait des contacts pour une cession de ses titres dans la presse. Mais depuis, rien de concret. Juste des remontées selon lesquelles un Conseil d'administration de Nethys datant du 20 novembre aurait bel et bien décidé de céder les actifs dans les médias. Sans dire à qui et quand.

Le silence radio de Nethys

Apparemment, cela n'a pas été signifié à Nice-Matin. Le 5 décembre, comme l'a relevé le site d'information belge LeVif.be, Stéphane Moreau, CEO de Nethys, et son directeur financier Pol Heyse ont rencontré à Nice le personnel et les responsables de la SCIC ainsi que, dans la foulée, Christian Estrosi. Une dernière rencontre qui n'est pas anodine. il faut savoir que la principale valeur de Nice-Matin, financièrement parlant, tient dans son foncier, avec les terrains du siège niçois du boulevard du Mercantour, et donc que le maire de Nice, qui a la maîtrise du foncier, est un acteur incontournable. Toujours selon Le Vif, le conseil de surveillance de Nice-Matin a alors exigé des éclaircissements rapides de Nethys et demandé qu’il respecte les termes du pacte d’actionnaires.

À défaut, le conseil a donné "d’ores et déjà mandat au président de son directoire pour qu’il entreprenne toute action ferme et déterminée afin d’assurer et de garantir la pérennité de Nice-Matin". Mais toujours silence radio. Officiellement en tout cas, aucune réponse n'a été donnée. Tout juste en coulisse le bruit a alors circulé que Nethys souhaiterait bien rester actionnaire de Nice-Matin mais pas comme majoritaire. Seulement à hauteur de 49 %. Pas davantage. Aussi, à dix jours de l'échéance, à quoi peut-on donc s'attendre ? Au vu des manœuvres, menées là également en coulisses, plusieurs scénarios peuvent être envisagés.

"Tapie et Estrosi dans l'ombre de Nethys ?" 

Dans un communiqué mis en ligne fin novembre, le SNJ (Syndicat national des Journalistes) faisait état, quant à lui, d'une décision du conseil d'administration de Nethys de vendre ses parts dans la presse du sud et posait la question : "Tapie et Estrosi dans l'ombre de Nethys ?". Et de répondre. "Intérêts convergents et alliance de circonstance ? Un rapprochement paraît s’opérer entre Stéphane Moreau, l’administrateur de Nethys en charge de la presse du Sud, empêtré dans le scandale Publifin en Belgique, Christian Estrosi, le maire de Nice, et... Bernard Tapie !"

Dans ce cas de figure, Bernard Tapie rachèterait les parts de Nethys. "Le patron de La Provence serait-il en train de mettre au point un de ces montages financiers dont lui seul a le secret pour tenter de se soustraire une nouvelle fois au fisc et à la justice ? Sur le dos de Nice-Matin et de ses salariés ?" s'insurge le syndicat.

Le retour d'Iskandar Safa via Privinvest Medias ?

Autre scénario possible : le retour par la fenêtre d'Iskandar Safa, l'un des repreneurs qui n'avait pas pu rentrer par la porte en 2014. Sa société, Privinvest Medias, propriétaire du groupe Valmonde qui édite le magazine Valeurs actuelles, s’est dite prête à racheter les participations de l’entreprise liégeoise dans Nice-Matin et La Provence. Si cette offre avait été, de prime abord, écartée, elle pourrait revenir en force d'autant plus que le groupe a les moyens de ses ambitions et qu'il arriverait dans un média où les plans sociaux ont été réalisés (la moindre "casse sociale" avait été l'un des critères majeurs pris en compte lors de la reprise en 2014).

Ajoutons dans ces scénarios possibles, que plane toujours sur le dossier l'ombre de Rossel, un groupe de presse belge, autre candidat évincé en 2014, propriétaire notamment de "La Voix du Nord".

Mais quoiqu'il en soit, Nice-Matin est de nouveau en pleine incertitude. Il se retrouve au bord du gouffre, sans savoir qui pourrait l'empêcher de tomber. Aussi, pour l'ensemble des salariés, ce Nouvel An 2019 s'annonce bien comme celui de tous les dangers.


Crédits Indigen
- Copyrights WebTimeMedias 2011