ProVision, le scanner qui vous déshabille, en test à l'aéroport de Nice

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Le nouveau scanner ProVision installé au Terminal 2 de l'aéroport de Nice Côte d'Azur pour une mise en test prochaine se trouve au cœur d'une polémique européenne. Introduit dans plusieurs aéroports américains en juin dernier, il est déjà en place dans les aéroports londoniens ainsi qu'à Schiphol Amsterdam et Zurich, mais il n'en pose pas moins un problème de taille en matière d'intimité : il vous met à nu. Complètement à nu. Cette "fouille au corps" certes virtuelle mais très poussée est accueillie négativement par les usagers et a provoqué la colère des parlementaires européens. Ainsi, jeudi, le 23 octobre, plusieurs eurodéputés ont vivement condamné, à Strasbourg, la proposition de la Commission européenne qui vise à placer ces scanners corporels dans l'arsenal des "méthodes autorisées" pour la sécurité dans les aéroports européens.

Un scanner particulièrement "indiscret"

Equipée d'un système d’ondes millimétriques, la cabine ProVision permet de voir à travers les tissus. Le rêve des "voyeurs". Elle est capable de les percer et de détecter les métaux, céramiques, plastiques, et matériaux chimiques ou explosifs et de voir ainsi tous les objets qui seraient dissimulés. Mais pour cela, elle vient projeter sur un écran toutes les formes du passager, y compris les parties les plus intimes, qui apparaissent bien visibles dans un halo bleu. Bref, votre image complète sans le moindre vêtement. Sont également détectées les traces d’implants divers (seins, pénis…), tubes cathéter, mastectomies… qui n'ont rien à voir avec la sécurité publique, mais bien avec le respect et la protection de l'intimité auxquels chacun a droit.

L'appareil, que la DGAC (Direction générale de l'avion civile) va mettre en test pour six mois à l'aéroport Nice Côte d'Azur, se présente comme une simple cabine. On y entre et des empreintes de pied sur le sol vous indiquent sous quelles perspectives vous présenter en levant les bras. Dans une pièce fermée, à l'abri des regards du public, un agent de sécurité vous déshabille ainsi virtuellement et peut voir si vos vêtements cachent des objets interdits pour le vol. L'opération dure à peine quelques secondes.

ProVision, ainsi, est destiné à remplacer les fouilles corporelles manuelles et à renforcer la batterie des portails actuels que l'on traverse avant l'embarquement. Ces portails moins sophistiqués ne détectent pas certains objets cachés (notamment les plastiques et les liquides). De plus, ils se déclenchent parfois trop facilement, ne serait-ce que si vous avez une boucle de ceinture un peu trop épaisse, et obligent à une fouille corporelle de contrôle qui se fait manuellement. D'où des pertes de temps et des files d'attente qui s'allongent à l'entrée des salles d'embarquement.

Premières réactions des passagers très défavorables à Nice

Le scanner corporel évite aussi d'avoir à enlever veste, ceinture, téléphone mobile, pièces de monnaie et autres. Il se charge lui-même de vous déshabiller. Dans les aéroports où les files d'attente pour les salles d'embarquement sont souvent très longues, l'usage de ces nouveaux appareils faciliterait évidemment la fluidité tout en gardant le même niveau de sécurité. Reste que côté passagers, se mettre ainsi à nu, même virtuellement, devant on ne sait qui, n'est évidemment pas très prisé. Enregistrées hier par Reuters à Nice, les premières réactions des passagers sont très négatives. Tous " hurlent à l'idée d'être "mis à nu" dans cette cabine" et les opinions vont de "lamentable", à "violation inadmissible de l'intimité" comme le note Reuters.

Aux Etats-Unis, pays pourtant plus puritain que le notre, les aéroports qui se sont engagés dans l'aventure sont passés outre les récriminations des passagers. A Nice, la DGAC a précisé que le test se ferait sur la base du volontariat des passagers, que les femmes seraient contrôlées par des femmes et les hommes par des hommes, que les parties génitales seraient floutées et les images générées immédiatement effacées.

Mais la partie, bien sûr, se jouera à Bruxelles où la Commission européenne semble déterminée à adopter ce système pour faciliter et accélérer les contrôles aux aéroports tout en gardant le plus haut niveau de sécurité possible. Le test de Nice aussi est important. Il devrait montrer si les passagers sont prêts à accepter ce type d'appareils et à perdre de leur intimité pour améliorer la sécurité et diminuer l'attente aux contrôles. Avec pour enjeu une extension ou non de la formule à l'ensemble de l'espace européen.

Aller + loin

Voir en video sur Youtube.com : "New Airport Scanners Too Revealing?" (en anglais) et "Get Naked ! For a Safe and Secure America" (en anglais également)

Lire dans Liberation.fr : "Aéroport: la strip-sécurité" et dans Lemonde.fr : "Le scanner corporel, dernier-né des techniques de contrôle dans les aéroports"

 

 


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