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Tourisme de demain : comment Monaco se réinvente

Plusieurs millions de visiteurs par an, une image à la fois glamour, luxe et high tech : la Principauté est bien l'un des haut-lieux du tourisme de la Riviera. Mais elle se doit de continuer à séduire dans un monde qui change. Dans le dossier "Tourisme de demain" du prochain magazine START (notre partenaire), Guy Antognelli, le nouveau directeur du tourisme monégasque, explique aussi comment "Monaco se réinvente tout en restant fidèle à son ADN".

Avec plusieurs millions de visiteurs chaque année, la principauté de Monaco confirme son attractivité auprès des touristes de loisirs, croisiéristes et autres congressistes. Des visiteurs toujours plus exigeants qu’il faut sans cesse séduire pour faire la différence et rester une destination incontournable, comme nous l’explique Guy Antognelli, nommé Directeur du Tourisme et des Congrès de Monaco le 1er février dernier. (Monaco et son Rocher. Photo @Shutterstock). Interview réalisée par Marina Carvalho de START.

- Un état des lieux d’abord, comment va le tourisme à Monaco ?

Très bien, après la crise de 2008 qui a laissé des traces en 2009 et jusque 2012 - date où nous avons retrouvé nos chiffres pré-crise - nous enregistrons une hausse continue des résultats pour atteindre un niveau de fréquentation très satisfaisant et à peu près stable depuis 2014. Une fréquentation qui s’accompagne d’une hausse continue du prix moyen des chambres, ce qui est pour moi un excellent indicateur de la reconnaissance de la qualité de Monaco par nos visiteurs. Pour vous donner quelques chiffres, aujourd’hui, nous affichons un taux d’occupation moyen annuel de 65% et avons une capacité totale de 2 500 chambres, un volume plus faible qu’à Nice ou Cannes car notre capacité hôtelière est essentiellement concentrée sur le haut de gamme.

- Quel est le marché qui attire le plus de personnes ?

En termes de tourisme hébergé, le tourisme de loisirs (330 000 visiteurs par an) reste la source principale. Le tourisme d’affaires représente quant à lui, 28% des nuitées annuelles, ce qui confirme l’importance et l’ampleur de nos évènements tout au long de l’année, comme le Monaco Yacht Show qui rassemble chaque fois plus de 35 000 visiteurs ou the Anti-Aging and Aesthetic Medecine World et ses 12 000 visiteurs.

Le nombre de croisiéristes (entre 180 000 et 200 000 par an) diminue car nous ne ciblons que les bateaux de la catégorie luxe qui font la même taille que les bateaux de croisières classiques mais n’accueillent que 600 à 1 200 passagers. Enfin, le marché le plus important est celui des visiteurs occasionnels, ceux qui ne séjournent pas à Monaco mais viennent passer quelques heures. Ils sont plusieurs millions chaque année, on est là sur des volumes totalement différents.

- Les volumes sont différents, les visiteurs aussi, comment fait la Direction du Tourisme et des Congrès pour répondre aux besoins de ses multiples personnalités ?

Notre rôle est de valoriser la clientèle qui va avoir l’impact le plus positif sur la Principauté, nous travaillons donc beaucoup sur la promotion des congrès et voyons d’un très bon œil les récentes rénovations de l’Hôtel de Paris, du Columbus ou du Novotel Monte-Carlo qui offrent une véritable expérience au visiteur en le plongeant dans une atmosphère Riviera, avec des matériaux nobles et des prestations haut de gamme.

Pour autant, nous ne pouvons faire abstraction de ces quelques millions de personnes qui viennent passer quelques heures dans la Principauté car ils sont essentiels à une partie de l’économie monégasque. Nous cherchons donc à leur proposer quelque chose de différent en les accompagnants durant leurs visites. En effet, nous sommes actuellement en train de structurer certaines offres pour dynamiser les points attractifs.

Nous réfléchissons également à un pass touristique  que nous aimerions lancer en 2020. Dans ce pass vous trouverez les lieux de visite incontournables de Monaco mais aussi des lieux auxquels vous n’auriez pas pensé, comme le nouveau Musée National qui rassemble des collections d’art moderne exceptionnelles. Il y a derrière cela, une dimension économique évidente mais également une promotion de ce que la Principauté a à offrir.

C’est aussi comme cela que nous avons pensé notre nouveau site Internet, actuellement en refonte. Celui-ci fait la part belle sur ce qu’il  a à faire à Monaco afin de dynamiser  une visite et sortir de la simple balade. Dans ce sens, nous songeons aussi à proposer de nouvelles visites itinéraires à l’image du parcours Princesse Grace. L’idée est de mettre en ligne des parcours thématiques, un parcours de galeries d’art par exemple, pour faire découvrir la principauté et toutes ses richesses.

- Il y a aussi l’application CardMap que vous venez de lancer ?

Oui, nous avons collaboré avec l’entreprise K-Rma Tech pour créer cette application disponible sur Android et iOS qui permet de booster sa visite de Monaco en ajoutant la réalité augmentée. Le principe est simple, en scannant un flyer disponible dans différents lieux stratégiques ou directement un plan de Monaco, les visiteurs ont accès à une modélisation 3D du lieu, un guide audio, des photos et des vidéos pour en savoir plus et bénéficier d’une visite plus dynamique et interactive.

Aujourd’hui, la Roseraie Princesse Grace, le Parc Paysager, le Jardin Japonais, le Casino, la Cathédrale, le Musée Océanographique et le Palais Princier sont déjà disponibles dans l’application tandis que le Jardin Exotique, la Grotte de l’Observatoire et le circuit du Grand Prix de Formule 1 devraient bientôt étoffer l’application.

- Le tourisme de demain sera donc numérique ?

Inévitablement  parce que l’on possède des moyens et des outils aujourd’hui qui nous permettent d’optimiser une expérience mais pour nous il sera avant tout responsable ! En effet, je suis de ceux qui pensent que la technologie ne doit pas se voir, on ne doit pas faire de la tech pour faire de la tech, ce doit être un support au service de l’expérience du client.

En revanche, je suis convaincu que le nouveau tourisme doit être plus responsable. Si vous avez vu nos campagnes de communication "Green is the new glam", c’est exactement ce que l’on essaye de transmettre. Que vous passiez un séjour en Principauté ou que vous ne veniez que quelques heures, vous pouvez faire du tourisme responsable, et en faisant des choses très simples : en systématisant le recours aux transports en commun pour se déplacer, en choisissant le vélo, en favorisant la marche à pied dès que possible sans avoir peur d’emprunter les nombreux ascenseurs de Monaco. En savourant des produits bio, locaux et de saison ou encore en valorisant les déchets, en effet, depuis le début de l’année, les pailles en plastiques sont interdites en Principauté et en 2021, les couverts jetables n’y auront plus leur place.

Nous ne sommes pas donneurs de leçons et à la Direction du Tourisme et des Congrès comme partout à Monaco, nous sommes dans l’incitation et non dans l’obligation. Notre but est de promouvoir les bonnes pratiques pour que les autres nous suivent. Le mouvement a débuté avant que la Direction du Tourisme n'y prenne une part active. A tel point que dès l'année de son entrée, Monaco a été classée 13 au GDS INDEX qui récompense la durabilité des destinations qui accueillent des congrès,  alors même que la majorité des actions avaient été pensées bien plus tôt.

- Quelle est la force de Monaco pour réussir dans cette mission ?

La force c’est le travail commun de tous les acteurs et entités de la Principauté. Avec les Chefs locaux pour la promotion des menus ou encore la mission pour la transition énergétique, nous travaillons tous main dans la main. Monaco est un petit territoire, et tout cela ne fonctionnera que si l’on implique un maximum de personnes. On sera d’autant plus efficaces si on est tous ensemble.

- Est-ce que cette vision est compatible avec une ville qui reçoit un Grand Prix de Formule 1 et plusieurs dizaines de bateaux par an ?

Je le pense. Savez-vous qu’un week-end de Formule 1 n’équivaut qu’à un décollage d’Airbus A380 ? Pour ce qui est des bateaux de croisière, une régulation a été faite, lorsqu’ils sont près des côtes, ceux-ci doivent être au fioul léger, alors me direz-vous, c’est toujours plus polluant que pas de bateau du tout, certes mais c’est ainsi que la Principauté se réinvente tout en restant fidèle à son ADN et sans dire adieu à ce qui fait d’elle ce qu’elle est.

- Se réinventer est désormais obligatoire ?

Oui parce que les personnes et les tendances évoluent. Et Monaco aujourd’hui est en compétition avec d’autres destinations. Il y a 50 ans, lorsque l’on vous disait luxe, vous pensiez Paris, Monaco et quelques grandes capitales. Aujourd’hui, lorsque l’on vous parle de destination luxueuse, déjà vous allez penser à tout le Moyen-Orient. Vous allez aussi avoir des destinations lointaines qui n’étaient pas accessibles avant mais qui le sont aujourd’hui grâce aux progrès de l’aérien. Les gens prennent également plus de vacances, donc il faut avoir une offre qui se renouvelle mais si l’on change en permanence ce que l’on est on a plus aucune légitimité, c’est pour cela qu’il faut se renouveler tout en restant soi-même. Ce que la Principauté fait depuis 160 ans.

- De nombreux projets sont en cours, vous êtes arrivés il y a quelques mois seulement à la tête de la Direction du Tourisme et des Congrès de Monaco, quelle a été votre première action ?

Le premier élément que j’ai essayé d’impulser a été la collecte de plus de données pour connaître nos clients, aussi bien ceux qui viennent dans nos hôtels que ceux qui nous rendent visite dans la journée. On doit savoir qui ils sont, ce qu’ils aiment, ce qu’ils mangent, ce qu’ils visitent et ce qu’ils achètent pour définir plus précisément des stratégies à mener en fonction du type de chaque clientèle. Nous sommes en train d’identifier toutes les sources de données, enquêtes clients, rapports de dépenses, fréquentation etc. pour le moment.

Marina Carvalho


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