Ses "Tribunes libres" sont toujours appréciées. Dominique Pages, un humour sarcastique à la pointe de l'épée, avait épinglé les travers de la société française d'aujourd'hui. Y sont passés les CDI qu'il a rebaptisés Contrat à Durée Infini, ou encore les Assurances à tout va qui, cherchant à évacuer tout risques dévitalisent la vie. Dominique Pages a aussi plaidé pour une autre vision de la Russie ou de la Chine, pour une retraite à 45 ans, suivie d'une 2ème vie et a sabré pour le bien du "bon sens". Il reprend la plume aujourd'hui. Il a intitulé sa tribune "La France, sa Presse et la crise". La voici. Elle ne reflète pas forcément la position de WebTimeMedias Network. Mais elle invite à réfléchir, à sortir de la pensée unique et à vous demander : et vous? Qu'en pensez vous ? N'hésitez pas à réagir (Avis des lecteurs à droite ou Réagir à l'article en bas). "La France, sa Presse et la Crise" "Nous, Français, aimons plus que de raison la confrontation aux institutions de toutes natures, le débat idéologique et la mise en exergue des scénarii pessimistes. Tout ceci sert à la fois la cause de chacun qui trouve ainsi une justification à son aigreur et à sa capacité personnelle de sauveur du monde, mais aussi de la Presse qui devient une caisse de résonance au profit de cette sensibilité individuelle. Mais, par ailleurs cette même Presse va mal : écrite, elle est la moins lue et la plus chère dEurope ; radiophonique, elle est quasiment réduite à une machine à diffuser par les ondes les dépêches dagence ; télévisée, son château-fort, elle privilégie grâce à limage, la diffusion démotions sur celle dinformations ; internet, elle est encore confidentielle (pardon MM. Largillet et Plenel). Et, en cette période dEtats Généraux de la Presse écrite (initiative une de plus- présidentielle, mais bien peu relayée comme telle par cette même bénéficiaire potentielle) dont le but est den assurer le redressement, il est ô combien intéressant dobserver quon y aborde les thèmes de son existence, pas de son essence. La France, de son côté, est entrée depuis quelques années dans le deuil de mai 68 et revient (conservatisme ringard ou modernité du XXIème siècle ?) vers une quête de sens et dauthenticité, au détriment dune idéologie certes ébouriffante, voire enthousiasmante pour lesprit, mais sans lendemain pour la société et intellectualisée à lextrême dont le pilier fondateur était « linterdiction dinterdire ». Notre Presse actuelle nest-elle pas le plus bel avatar/vestige de cette glorieuse époque et, comme tout chêne centenaire quon veut abattre, elle semble se dresser comme un ultime culpabilisateur nous toisant de ses certitudes, à défaut dêtre des convictions, vent debout face à la tempête qui secoue le monde ? Aujourdhui, le citoyen français, mediavore -passif plus quactif- quil est devenu, est à la recherche de son futur personnel (dans quelle société vont vivre mes enfants ?), professionnel (où vais-je trouver de quoi « me payer ma vie », lEtat noffrant plus ce confort plus que cinquantenaire) ou spirituel (quelles sont les références qui guident mes choix ?). A son inquiétude, sajoute la crise mondiale, qui nest que la synthèse internationale de cette perte de sens et de repères. De fait il a besoin de reprendre confiance dans un futur positif, attractif, sorte de nouvelle frontière reconstruisant le tissu socio-économique et dy voir concrètement le rôle quil peut y trouver. Qui sont ses interlocuteurs, ses coachs, ses points de repères, dans ces réelles questions même si elles ne sont pas explicitement formulées ? Le pouvoir central, illustré par le (omni) Président actuel, qui met à mal le sacro-saint principe de séparation des 3 pouvoirs constitutionnels exécutif/législatif et judiciaire au profit du moins cest ce dont il cherche à être crédité- dune reconquête du dynamisme sociétal. Sur le principe, et en cohérence avec le personnage (pas la fonction), cest une assez bonne garantie defficacité (même si on peut contester le modèle auquel cela nous conduit). Le risque est la dérive autocrate récupérée par une « Cour » moins concernée par ce haut dessein que par les avantages immédiats de toutes natures quon peut en tirer. Les autorités philosophiques et religieuses sont un autre univers de repères, mais largement affaibli. Pour ce qui concerne les intellectuels (philosophes ou plus économistes), pas encore sevrés du sein soixante-huitard, on les voit peu en première ligne proposer une nouvelle frontière pour la société et lorganisation des rapports économiques entre ses membres. Quant aux religieux, chrétiens ils sont dans lattente de leur propre aggiornamento que Jean-Paul II avait amorcé, mais que son successeur nassumera pas sauf surprise ; musulmans, ils sont discrédités par lislamisation obscurantiste de leur communauté ; juifs, ils nont pas de tradition dentrisme ouvert dans les questions sociales et politiques françaises. La Presse, elle aussi, a son fonds de commerce (au sens propre cette fois-ci) et son auditoire, et pour lalimenter, pourrait jouer un rôle essentiel douvreur de débats sur lavenir. A cet égard elle dispose depuis quelques années, et plus particulièrement depuis lélection du Président actuel, dun espace dexpression que labsence dopposition nationale audible et crédible lui donne. Mais entrer dans une telle démarche revient à franchir un Rubicon que la « déontologie journalistique » (paravent bien confortable qui amnistie bien des lâchetés ou à-peu-près professionnels) sinterdit au prétexte de sa présumée indépendance. Dans les faits les journalistes cumulent, à linstar de notre Président actuel, un ensemble de droits a priori « déontologiquement » incompatibles: le choix de publier/ le contenu de la publication/la mise en valeur de la contradiction à la publication. Quils lassument donc ouvertement et, en allant au bout de cette logique, quils contribuent à bâtir un univers éditorial offensif de publications/émissions/programmes qui touchent à la « chose » politique et sociale autrement quen seule réaction et ou commentaire de « spécialistes » face aux initiatives du pouvoir, se substituant de fait à lopposition en berne. En favorisant ainsi lout-coming de journalistes apporteurs didées (à linstar de JM Apathie, S. July, A. Duhamel, JF Kahn, E. Plenel, JM. Colombani) et pas seulement débatteurs/contradicteurs, la teneur et lambiance des émissions et publications ne pourraient quen être que plus positives et constructives aidant ainsi la Société à se reconstruire autour didées neuves, alternatives (pas uniquement contradictoires) de celles du pouvoir institutionnel et offrant des perspectives attractives aux consommateurs (lecteurs/auditeurs/téléspectateurs/internautes) de ces productions. Sans devenir hommes politiques (leurs principaux « sponsors »), ils deviendraient de réels créateurs de sens et générateurs de propositions sources doptimisme et de perspectives pour leurs consommateurs. Alors, ainsi, la Presse mériterait-elle à part entière son surnom de 4ème pouvoir et prendrait-elle une place non ambigüe dans le panorama des institutions qui soutiennent notre démocratie. Encore faut-il que lhistoire de la profession pèse moins que lenjeu de son devenir ! Dominique Pages |