Alain Deloche à Sophia-Kaboul : "le monde a besoin de partage"

Posté mer 27/09/2006 - 11:05
Par admin

Alain Deloche à Sophia-Kaboul : "le monde a besoin de partage"

Sophia a du cœur. Et l'a un nouvelle fois montré à l'occasion de la 5ème soirée Sophia Kaboul qu'organisait la semaine dernière au Cap d'Antibes, la nouvelle association Share, présidée par Christian Proud-Diaz. Une soirée réussie, qui a réuni quelque 180 convives, dont bon nombre de chefs d'entreprise de la technopole, et qui a permis de récolter plus de 50.000 euros. La tombola a elle seule a apporté 8.000 euros. Ces fonds ainsi collectés serviront directement au financement d’équipement et de projets en matière de santé publique et d’éducation en Afghanistan.

 

L'un des grands moments de cette soirée restera l'intervention du professeur Alain Deloche. Celui qui a souvent été surnommé le "chirurgien aux pieds nus" a fait part de son expérience de création d'hôpital en Afghanistan et a souligné l'intérêt que représente une association comme Share dans la chaîne de l'humanitaire. Ecoutons-le.

 

"Sauver un enfant, c'est sauver le monde"

 

"Quand nous avons créé l’hôpital de Kaboul, qui fonctionne notamment grâce aux fonds recueillis lors de cette soirée, il a fallu réfléchir à des difficultés que l’on ne se pose pas en France… Comme la poussière qui descend des montagnes environnantes portée par les vents puissants de cette région du monde, et qui rentre partout : salles de soins, blocs opératoires, etc. "

 

"Nous avons trouvé les bonnes solutions et depuis son ouverture en avril dernier, l’hôpital accueille plus de 200 patients (femmes et enfants) chaque jour. Mais il n'y a pas qu'à Kaboul qu'il y a besoin d'aide, maintenant que l'hôpital de la mère et de l'enfant est fonctionnel : c'est l'exemple à suivre. Je peux vous dire que là-bas, l’expression ‘sauver un enfant c’est sauver le monde’ prend tout son sens. Et nous avons un atout certain : une reconnaissance toujours aussi forte du ‘French Doctor‘ ".

 

"Les risques ? A Kaboul, il y a quelques bombes, oui. Mais je me sens plus en sécurité à Kaboul que sur l'autoroute A6, croyez-moi !"

 

"Partager, c'est bien mieux que de faire un don"

 

"Share, c’est une très bonne idée, vraiment. Je crois que la chaîne humanitaire peut être bien plus efficace si on en spécialise les différents maillons. Nous, sur le terrain, nous savons faire le boulot, soigner les gens, lutter contre les crises sanitaires et sociales. Mais nous ne savons pas forcément lever des fonds. Avoir en amont une association qui se charge spécifiquement de cette mission, c’est formidable".

 

"Le nom de « Share » (partage, en anglais) me plait beaucoup. Partager, c’est bien mieux que de faire un don ! On ne donne pas de l'argent et on s'en va : on apporte des moyens pour réaliser quelque chose. C'est le partage qu'il faut privilégier dans nos sociétés, surtout quand il s'agit de l'humanitaire. Le fonctionnement de cette association, récolter des fonds pour les redistribuer : encore une fois, c'est moderne, c'est le bon choix. Bravo ! C'est grâce aux entreprises que l'on peut avancer. Exemple ce soir avec les entreprises de Sophia Antipolis, qui montrent que le business a du cœur, quoi qu’on en dise".

 

"L’argent est nécessaire, mais il faut fédérer les énergies, les forces de conviction. Il n’y a que ça qui déplace durablement les montagnes. Donner d’un coup des millions d’euros à une association de terrain à l’autre bout de la planète, je ne pense pas que ce soit la bonne méthode. Dans la plupart des cas, proposer des échéances régulières de versement comme le fait Share, qui suit les projets sur leur durée de vie, c’est bien mieux".

 

"Mon grand projet : développer un hôpital à Dakar"

 

"J’ai une maladie contagieuse" : construire des hôpitaux de par le monde. Mon grand projet actuellement ? Réussir à développer un hôpital à Dakar, ce qui représente un budget de 15 millions d’euros à trouver. Dans ce pays, il y a un énorme besoin en cardiologie, ou les moyens manquent : par exemple mon homologue cardio au Sénégal à un second métier… il élève des poules pour vivre. Vous trouvez ça normal ? Y’ a un truc qui va pas !"

 

"Il faut former les médecins sur place. Trop de médecins étrangers quittent leurs pays par manque de moyens. Autre exemple : toujours à Dakar, 1 seul électro-cardiographe en état de marche dans l'hôpital, mais il n'y a pas de papier ! J’ai noté un échographe dans tout le Sénégal contre 38 au seul 5ème étage de mon hôpital, Georges Pompidou ! Encore un truc qui cloche ! On ne vit pas dans le même monde ! Alors agissons avec enthousiasme pour changer ça. Il n’y a pas plus belle mission dans notre vie à tous."

 

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