Bluetooth : bienvenue dans le monde du PAN (Personal Area Network) !

Posté mar 23/12/2003 - 00:00
Par admin

"Low cost", économe en énergie, complémentaire de Wi-Fi, Bluetooth met la bulle personnelle en réseau : micro-écouteur libéré du mobile, appareil photo branché sur le téléviseur, etc. Leo de Buday (Philips Semiconductors Sophia), ouvre la porte de ce monde sans fil.

Où va Bluetooth ? Face au déferlement de WiFi, que peut-on espérer de cette technologie sans fil plus discrète mais qui continue de faire son chemin ? La réponse peut-être trouvée chez Philips Semiconductors à Sophia Antipolis. Ce centre de recherche et de développement s'est spécialisé entre autres dans la mise au point des systèmes Bluetooth. Il est devenu l'un des laboratoires spécifiques du géant de l'électronique pour l'entrée dans le monde des réseaux à porter sur soi. Ce sont les travaux réalisés à Sophia qui ont d'ailleurs permis à Philips de se positionner parmi les leaders mondiaux dans le domaine, et de signer en juin dernier des accords de licence avec Ericsson pour fournir les puces Bluetooth parmi les premières du marché à intégrer la nouvelle version 1.2.Une version qui apporte une qualité de voix supérieure, un meilleur son et surtout qui permet la coexistence avec d'autres technologies sans fil, dont WiFi. Product marketing manager à Philips Semiconductors Sophia, Leo de Buday baigne dans le monde Bluetooth depuis que cette technologie est apparue à la fin des années 90. Il vous en ouvre quelques portes dans une interview réalisée par Sophianet.com en syndication de contenu avec la Newsletter de la Telecom Valley (numéro de décembre).- SNcom : Pourquoi parlez-vous de système Bluetooth plutôt que de puce?Leo de Buday : Parce que la puce n'est qu'un des trois éléments nécessaires. Il faut en effet réunir trois composants pour que Bluetooth puisse fonctionner. D'abord un circuit de bande de base (base band). Il s'agit d'un microprocesseur qui permet au logiciel de fonctionner. C'est la puce. Ensuite il faut créer ce logiciel spécifique en fonction des applications que l'on veut réaliser. Et enfin, troisième composant : la radio fréquence. La difficulté, quand on travaille sur Bluetooth, tient dans la possibilité de concevoir ce qui correspond à trois métiers différents pour obtenir des produits performants. Le marché fait qu'aujourd'hui il est nécessaire de maîtriser ces trois compétences (l'électronique numérique, l'électronique RF et l'activité logiciel), afin de livrer des systèmes Bluetooth prêts à être intégrés.Philips Semiconductors créé ainsi des modules qui ressemblent à des circuits intégrés et masquent toute la complexité liée à la Radio Fréquence. Beaucoup d'industriels n’ont pas idée de cette complexité. En combinant tout dans un module, comme pour un composant, nous permettons à nos clients d'éviter des développements lourds. Le module est livré au complet et peut assumer sa fonction sans qu'il y ait besoin d'une mise au point complexe, mise au point pour laquelle une expertise très pointue est requise.- SNcom : Y-a-t-il des systèmes Bluetooth plus ou moins complexes ? Leo de Buday : Oui. Pour schématiser je dirai qu'il y a deux types de systèmes. Le plus simple ne comporte qu'une fonction Bluetooth de base. Le reste est contrôlé ensuite par le processeur d'un PC, d'un PDA ou d'un téléphone mobile. La complexité est moindre par le fait que le processeur du "hardware" prend le relais et assure la communication. Mais ce genre de système temps réel est déjà aussi complexe à réaliser qu'un système GSM. L'autre type de système, beaucoup plus sophistiqué, c'est par exemple l'oreillette sans fil Bluetooth. Le circuit de bande de base va faire fonctionner en même temps les fonctions de micro-écouteur ou de car-kit (boutons de commande, augmentation ou baisse du volume sonore, gestion des appels, etc.). Ainsi, toutes les fonctions applicatives vont être assemblées dans le circuit Bluetooth. Il n'y a pas de possibilités de relais.Il s'agit de faire marcher en même temps des fonctions temps réel avec d'autres applications. C'est pourquoi le "headset" (micro-écouteur), contrairement à ce que l'on pourrait penser, est ce qu'il y a de plus sophistiqué à réaliser. La voix est gérée à travers Bluetooth. Il n'est pas possible de se permettre la moindre erreur. Celle-ci serait immédiatement entendue du fait qu'il n'y a pas de délai entre la transmission et la réception.- SNcom : Comment un fabricant de systèmes Bluetooth se différencie-t-il des autres ?Leo de Buday : Bluetooth, c'est presque aujourd'hui une offre standardisée, dans le sens où les fonctions se ressemblent. Trois paramètres aussi sont particulièrement importants dans la bataille que se livrent les constructeurs. Un : le prix. On en arrive au palier des 5 dollars la puce, au niveau du seul silicium (c'est à dire sans la partie logicielle et RF). Second paramètre : la consommation en énergie. Les modules sont placés dans des mobiles, donc dans des équipements où l'énergie est limitée. Troisième point : la taille (on parle en surface). Aujourd'hui une bonne solution se doit d'être en dessous de 100 mm2 (nous en sommes à 56 mm2 dans les derniers modules qui sont présentés dans les salons) avec une épaisseur de moins d'1,5 mm. Et ces proportions sont constamment en diminution. La course se joue donc ainsi : qui sera le plus petit, le moins cher et consommera le moins !- SNcom : Bluetooth a-t-il encore un avenir face à WiFi ?Leo de Buday : L'un n'exclut pas l'autre. Il y a un an ou deux, tout le monde disait que Bluetooth était mort. Que le Wi-Fi l'avait tué. L'industrie s'aperçoit aujourd'hui que les deux sont complémentaires. Bluetooth est destiné à l'environnement mobile. C'est le réseau portable que l'on a sur soi. Il permet par exemple de faire la numérotation à partir de son PDA et de communiquer avec son oreillette ("headset"), de faire le lien entre son téléphone mobile et son car-kit. WiFi, quant à lui, c'est plutôt le réseau sans fil dans un environnement fixe.L'autre avantage de Bluetooth, outre sa mobilité, est d'être "low cost". Preuve de leur complémentarité et du fait qu'ils répondent à des besoins différents : de plus en plus, les deux technologies se retrouvent ensemble. De nouveaux produits, notamment pour PDA et PC portables, intègrent les deux fonctions en dépit du léger surcoût que cela peut représenter. Le nouveau standard Bluetooth, avec sa version 1.2, vise d'ailleurs à donner à Bluetooth des fonctions supplémentaires pour notamment bien travailler dans le monde des PC et éviter les interférences avec les circuits WiFi (ils sont sur les mêmes fréquences) afin de pouvoir faire coexister les deux. Quand on utilise un "headset" Bluetooth, il s'agit en effet de ne pas entrer en conflit avec le WLAN (Wireless Local Aera Network) WiFi.- SNcom : Les avancées de Bluetooth dans un futur proche ?Leo de Buday : La course vers une baisse des prix et une diminution de la consommation va continuer. Les débits de transmission vont augmenter. Nous aurons de plus en plus de produits Bluetooth sur le marché. Ils permettent déjà par exemple de transmettre les images de votre téléphone mobile ou de votre appareil numérique sur une imprimante ou sur un téléviseur. Dans les prochains mois nous aurons des écouteurs stéréo sans fil, des micro-écouteurs pour lecteurs MP3, des mini-écrans avec lesquels il sera possible de choisir un titre de chanson sur son walkman, visionner une petite vidéo, ou jouer avec d'autres personnes connectées. Bluetooth permettra d'autre part de mettre en place des concepts de télémaintenance dans la voiture en se servant de votre mobile comme relais. Bref, il s'affirmera de plus en plus comme une commodité dont il sera difficile de se passer.

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