Avec Cited, la Niçoise Laura Merle fait entrer les marques dans les réponses IA
Lancée en septembre, la plateforme mesure chaque mois la visibilité des marques sur cinq assistants d’intelligence artificielle et leur livre les corrections à apporter. Selon sa première étude, près de sept marques françaises sur dix sont absentes des réponses de ChatGPT.
“Le client de demain ne scrolle plus. Il ne voit pas votre publicité. Il demande, l’agent choisit, l’agent achète.” C’est de ce constat qu’est née Cited, la plateforme mise en ligne en septembre par Laura Merle depuis Nice. Portée par sa société LMT Labs, elle s’attaque à un enjeu encore méconnu de nombreuses marques : le GEO (Generative Engine Optimization), c’est-à-dire leur capacité à être citées et recommandées par les IA génératives lorsqu’un consommateur leur demande quoi acheter. “J’ai noté une vraie méconnaissance du sujet et une vraie urgence pour les marques à s’y mettre, pour éviter le retard que beaucoup avaient pris sur le SEO à l’époque”, explique la fondatrice, qui revendique déjà un réel engouement de la part des marques comme des agences. (Photo DR : Laura Merle).
Treize ans d'expérience dans la communication et le marketing
Laura Merle ne part pas de zéro. Forte de douze à treize ans d’expérience dans la communication et le marketing, elle a occupé des fonctions de direction en grands groupes et en agence, notamment chez Paule Ka et Hopscotch, pour des marques de mode et de beauté. Elle a ensuite créé Get The Trend, une marketplace de mode, beauté et maison intégrant live shopping, gamification et social selling, qui a fédéré 15 000 marques partenaires et réalisé deux levées de fonds.
Elle travaille par ailleurs depuis plus de trois ans sur l’intelligence artificielle. Elle accompagne aussi bien des marques de niche que des grands groupes dans l’automatisation et la mise en place d’agents, et exerce une fonction de lead IA en communication pour un grand groupe automobile. Plutôt que de se limiter au conseil, elle a choisi de bâtir un outil capable de mesurer concrètement l’impact des actions engagées.
Répondre à la question finale que se pose le client
Sa démarche repose sur l’analyse du fonctionnement des moteurs d’IA. Selon elle, ceux-ci s’appuient sur trois types de recherche. Le premier, l’historique et les centres d’intérêt de l’utilisateur, échappe aux marques. Les deux autres offrent en revanche de vrais leviers : le contenu du site de la marque d’une part, et les sources extérieures d’autre part, comme les articles de presse, les contenus d’influenceurs, les distributeurs, les marketplaces ou les comparatifs. “On ne remplace pas le SEO, on le complète”, insiste Laura Merle.
Il ne s’agit plus de travailler sur des mots-clés, mais de répondre à la question finale que se pose le client, par exemple “quelle crème pour peau sèche ?”, à travers les fiches produits, la FAQ ou le blog. Cited ne touche pas au site : la plateforme fournit chaque mois un plan de travail clé en main, page par page, avec les textes prêts à coller, rédigés dans le respect de l’identité de la marque. Les équipes du client ou son prestataire n’ont plus qu’à les mettre en ligne.
Une offre en trois forfaits mensuels
L’offre se décline en trois forfaits mensuels, sans engagement. Le forfait Radar, à 99 euros HT, assure la mesure mensuelle. Pour chaque marque suivie, Cited pose chaque mois 50 questions d’achat à ChatGPT, Perplexity, Claude, Gemini et Mistral Vibe, et relève si la marque est citée, à quel rang et qui l’est à sa place. Le forfait Optimisation, à 249 euros, y ajoute le plan d’actions sur le site, la remesure le mois suivant et un rapport trimestriel. Le forfait Performance, à 499 euros, étend le travail aux sources extérieures que lisent les moteurs, en orientant par exemple les agences de presse de la marque vers les médias à viser.
Cited cible d’abord les marques françaises vendues en direct au consommateur (DTC) dans la beauté, la mode, la maison, l’alimentation ou les compléments alimentaires, mais la méthode vaut pour toute marque, jusqu’à un restaurant. Une seconde clientèle connaît un véritable “boom” : les agences, notamment de relations presse, qui souhaitent proposer ce service à leurs clients sans disposer de l’outil. Cited leur propose une offre en marque blanche, comme s’il s’agissait d’un de leurs propres services.
L'assistant recommande la marque qu'il sait décrire
L’enjeu est de taille, alors que les IA s’imposent dans le parcours d’achat. Google a lancé le 22 juillet en France son Mode IA, qui apporte une réponse avant les liens. ChatGPT revendique 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires dans le monde, et Meta comme OpenAI développent des agents capables d’acheter à la place de l’utilisateur, encore indisponibles en Europe. Pour illustrer le phénomène de “vente invisible”, Cited a publié son premier indice.
Le 21 septembre, la startup a posé à ChatGPT une question d’achat pour chacune de 74 marques françaises vendues en ligne, sans les nommer. Résultat : 50 d’entre elles, soit 68 %, n’apparaissent pas dans la réponse, et seules 13 sont citées en premier. La mode est la plus touchée, avec 23 marques absentes sur 26, devant la beauté (12 sur 18). “L’assistant ne recommande pas la meilleure marque. Il recommande celle qu’il sait décrire”, résume Laura Merle. Pour les marques absentes, aucun indicateur ne bouge : elles peuvent perdre des parts de marché pendant des mois sans le savoir.
Convaincue que le GEO deviendra incontournable
Pour l’heure, la fondatrice s’appuie sur la plateforme qu’elle a développée et sur l’IA pour accélérer certaines tâches, tout en tenant à un suivi personnalisé de chaque client. Les développements s’enchaînent : après l’offre agences, un espace client est en cours de déploiement, et Cited intègre les recherches IA de Google. La startup se prépare aussi aux liens d’achat directs dans les assistants, déjà actifs aux États-Unis.
Convaincue que le GEO deviendra incontournable, Laura Merle envisage une levée de fonds d’ici un an, des recrutements et une extension rapide à l’Europe. Elle n’est pas seule sur ce créneau en pleine expansion. “Comme tout sujet de très forte actualité, il y a de la concurrence, mais la concurrence nourrit le marché“, estime-t-elle. Sa différence : ne pas se contenter de délivrer un score, mais livrer les corrections et en mesurer l’effet, mois après mois.