Contrat Nigéria après IRIS² : le site cannois de Thales Alenia Space repart
Trois contrats signés en quelques mois redonnent de la visibilité industrielle à un établissement encore marqué par le plan de 2024.
Thales Alenia Space annonce aujourd’hui avoir signé avec l'opérateur public nigérian NIGCOMSAT Ltd un contrat portant sur le développement de NigComSat-2A, un satellite de télécommunications géostationnaire. D'une masse au lancement proche de quatre tonnes et conçu pour fonctionner plus de quinze ans, l'appareil reposera sur la plateforme Spacebus B2 et couvrira l'Afrique de l'Ouest, centrale et australe. Il doit renforcer l'accès à la télévision, à l'internet haut débit, à la téléphonie et au streaming dans des zones où les réseaux terrestres restent difficiles à déployer. “La signature de ce contrat marque une étape décisive dans la transformation numérique du Nigéria”, a déclaré Nkechi Jane Egerton-Idehen, directrice générale de NIGCOMSAT, tandis qu'Hervé Derrey, PDG de Thales Alenia Space, y voit la confirmation du “succès” de la ligne Spacebus B2.
Quatre jours après le contrat Eutelsat avec une première tranche à 500 M€
Cette annonce intervient quatre jours seulement après un accord d'un tout autre ordre de grandeur : la lettre d'accord signée le 10 septembre avec Eutelsat pour la fourniture des charges utiles gouvernementales de la constellation européenne IRIS². Une première tranche à environ 500 millions d'euros, sur un contrat global qui doit dépasser 3 milliards, avec des lancements échelonnés entre 2029 et 2030. Pour les équipes cannoises, spécialisées de longue date sur les charges utiles de télécommunications, les réseaux numériques embarqués et les antennes actives, IRIS² représente un socle d'activité et de R&D pour une large partie de la décennie à venir.
Le rapprochement des deux dossiers n'est pas anodin. Les constellations en orbite basse comme IRIS² ne se substituent pas au marché des grands satellites géostationnaires : les deux architectures répondent à des besoins différents (proximité et faible latence pour l'une, couverture continentale et longévité pour l'autre) et mobilisent des savoir-faire complémentaires. En signant NigComSat-2A, Thales Alenia Space confirme donc que sa filière GEO reste vivante, aux côtés de son entrée dans les constellations souveraines. S'y ajoute le contrat conclu le 30 juin dernier avec l'opérateur qatari Es'hailSat pour un satellite reconfigurable en orbite, bâti sur la plateforme Space INSPIRE. En quelques mois, l'entreprise aligne ainsi trois types de programmes bien distincts (constellation institutionnelle européenne, export géostationnaire classique, satellite logiciel de nouvelle génération) ce qui, selon les observateurs, dilue le risque commercial et entretient plusieurs chaînes de compétences à la fois.
Cannes retrouve une visibilité industrielle
Cette diversification prend tout son sens au regard du contexte traversé par le site depuis 2024. Le plan d'adaptation annoncé en mars de cette année-là, avec 1 300 suppressions de postes envisagées dont 980 en France, avait fortement fragilisé Cannes, Toulouse et Élancourt, dans un climat de contestation syndicale prolongée. Le projet de consolidation spatiale européenne entre Airbus, Thales et Leonardo (le “projet Bromo”) doit encore franchir les étapes de consultation sociale et réglementaire ; il ne dissipe donc pas à lui seul les interrogations sur la répartition des charges entre sites. Mais l'intensification des commandes, elle, donne mécaniquement plus de travail à affecter aux équipes spécialisées.
Au niveau du groupe, les chiffres confirment cette dynamique : 2,36 milliards d'euros de chiffre d'affaires consolidé en 2025, plus de 8 000 salariés répartis sur 14 sites dans sept pays européens. Reste à connaître avec précision la part de production qui reviendra à l’établissement cannois qui retrouve en tout cas déjà une visibilité industrielle qu'il avait perdue.