Festivals de l'été : un business peu rentable… mais indispensable

Posté ven 04/07/2008 - 13:00
Par admin

Festivals de l'été : un business peu rentable… mais indispensable

Légende photo : Un succès pour le Festival de la Pantiero à Cannes (Photo J.Kelagopian - Chromie A.)

 

D’Ouest en Est, les festivals de musique fleurissent à l’approche de l’été. Chaque commune tente de placer "son" événement musical sur un créneau. Historiques ou étoiles montantes, ces manifestations se multiplient pour doper la fréquentation touristique de la Riviera… Des investissements rentables ? "Les retombées se mesurent avant tout en terme d’image" analyse Stéphane Emselleme. Le président de l’Office de tourisme et des congrès (OTC) de Beaulieu-sur-Mer organise depuis 2000 "Les nuits guitare", petit poucet des festivals. Début juillet, trois soirs de suite, 4.000 à 5.000 personnes viennent assister pour un tarif "abordable" (autour de 20 euros) à des représentations de spécialistes de la guitare. "Un moyen de promotion important" pour une commune de 3.700 âmes. Et une opération d’un coût de près de 120 KE largement financée par l’OTC.

 

Un budget de 1,4 M€ pour Jazz à Juan

 

Constat identique du côté de Jazz à Juan, partie intégrante du patrimoine d’Antibes-Juan-les-Pins. "Doyen des festivals de jazz à travers toute l’Europe", son organisation nécessite un budget d’1,4 ME, supporté à hauteur de 550 KE par les recettes de la billetterie. L’OTC apporte de son côté 250 KE de financement. Situation originale, l’Éden Casino, propriété du groupe Partouche, comble le trou jusqu’à 450 KE selon une clause du traité de concession qui le lie à la ville.

 

Tout le monde met donc la main à la poche pour faire jouer des jazzmen sur la Pinède Gould. "L’ensemble s’inscrit dans une approche touristique d’intérêt général pour la ville" explique le directeur de l’OTC d’Antibes-Juan-les-Pins, Philippe Baute. Sur une dizaine de soirées, près de 30.000 personnes investissent tout de même la cité balnéaire pour savourer des accords jazzy. Impact direct : 80 CDD sont recrutés par l’OTC, et une trentaine de sociétés prestataires sont sollicitées. "Sans compter la hausse considérable de la fréquentation des hôtels et des commerces de restauration."

 

La réussite du Pantiero

 

Au-delà d’une approche purement touristique, David Lisnard a choisi d’être "fidèle à l’esprit festif et qualitatif de la Côte d’Azur". Le président du Palais des Festivals de Cannes et deuxième adjoint délégué au développement économique de la ville a créé en 2002 le Festival Pantiero "pour rajeunir et dynamiser l’image de Cannes avec une offre pointue". Début août, 4 groupes ou artistes de "musique actuelle" se produisent 4 soirs d’affilée, sur les 7.000 m² de la terrasse du "bunker". Hip-hop, rock et électro se croisent sur cette scène improbable. Une réussite : "La fréquentation a triplé depuis 2005" indique l’élu. La billetterie enregistre 12.000 entrées payantes.

 

Le tout pour un budget global de fonctionnement de 330.000 euros, dont le déficit est en partie comblé par la trésorerie du Palais des Festivals. Des sacrifices pour "un atout indispensable en terme d’offre touristique.

 

Événement culturel avant tout

 

Pas rentables, certes, les festivals de musique estivaux se réduisent-ils à de simples attrape-touristes ? "Ces événements ne se sont pas faits que pour vendre des saucisses" tranche Téo Saavedaa, directeur artistique des Nuits du Sud. "Ce n’est pas l’objectif principal d’un festival : si l’on suit ce type de raisonnement, il perd sa raison d’être et dépérit." Du côté de Vence, les Nuits du Sud comblent plus de 50 % des 750 KE engagés pour leur organisation grâce aux recettes de la billetterie. Une belle performance, quand on sait que ses places sont parmi les moins chères du département !

 

"Une commune ne doit pas forcément avoir un festival de musique pour exister sur la Côte d’Azur", juge le dirigeant. "C’est un événement avant tout culturel, mais qui constitue évidemment un vecteur de communication, de notoriété. C’est d’ailleurs pour cela que la culture doit être financée par les deniers publics, sans pour autant en dépendre à 100 %". Une conclusion pleine de sagesse.

 

Jean-Christophe Magnenet

 

 Un nouveau souffle pour le Nice jazz festival

 

Année 1 pour le Nice Jazz Festival nouvelle génération. Un poids lourd tient désormais les rênes de cet événement-phare de l’été. Le nouvel organisateur, MC Live, a raflé l’automne dernier la délégation de service public pour une durée de trois ans. Associés dans cette coproduction, Gérard Drouot - producteur de géants comme U2, Elton John ou encore Bruce Springsteen - et Paul Engalenc.

 

"Il manquait une identité artistique à ce festival, qui est le seul à ne pas progresser sur le Côte d’Azur", explique ce dernier. Avec une programmation recentrée sur des valeurs sûres du jazz, ces professionnels du grand spectacle espèrent attirer 30.000 spectateurs dans la fosse des arènes de Cimiez. Dans les coulisses, les 200 salariés d’une quinzaine de sous-traitants locaux s’activeront pour faire (re)vivre ce grand festival de jazz aux 2,5 ME de budget.

 

Légende photo : "À moyen terme, les Nuits du Sud sont un événement vital pour la ville et son économie" estime le Chilien Téo Saavedaa, "patron" du festival vençois.

 

 

Retrouvez un dossier complet consacré au business des festivals de l'été, dans le 8e numéro du Journal des Entreprises des Alpes Maritimes, en vente en kiosques le 4 juin.

 

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