Grand Prix de France Le Castellet : un fiasco financier de plus de 100 M€ !
Plus de 100 M€ d'argent public mobilisés pour quatre éditions déficitaires, une facture politique et judiciaire toujours ouverte : le rapport définitif de la Chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d'Azur confirme le fiasco financier du Grand Prix de France au Castellet.
La Chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d'Azur vient de rendre public son rapport définitif sur la gestion du Groupement d'Intérêt Public (GIP) “Grand Prix de France-Le Castellet”, confirmant et aggravant les constats déjà très sévères du pré-rapport révélé en mai 2025. Créé le 9 janvier 2017 à l'initiative de la région PACA pour obtenir le retour de la Formule 1 sur le circuit du Castellet, dans le Var, le GIP avait fédéré collectivités locales, métropoles Nice-Côte d'Azur et Aix-Marseille-Provence, département des Bouches-du-Rhône et chambres de commerce, avec un budget annuel initialement évalué à 30 M€ en 2016.
Un modèle économique déséquilibré
Le cœur du problème tient au modèle économique de l'opération lui-même. Les contrats signés avec le groupe britannique Formula One Management (FOM), propriétaire des droits commerciaux de la F1, imposaient au GIP le versement d'une redevance annuelle de 23 millions de dollars, tandis que les possibilités de dégager des recettes propres restaient très limitées. La billetterie ne suffisait pas à couvrir cette redevance et les coûts d'organisation. Les dirigeants ont par ailleurs choisi de ne pas répercuter ces coûts sur le prix des billets, allant même jusqu'à le baisser pour attirer davantage de public, aggravant mécaniquement les déficits, dans un contexte de retrait progressif de trois des membres du groupement explique la Chambre régionale.
Une gouvernance défaillante
À ce déséquilibre structurel s'est ajoutée une gouvernance défaillante. Le rapport pointe une confiance excessive accordée à l'équipe dirigeante et une implication insuffisante des administrateurs, qui ont validé d'importants déficits sans s'assurer que les modifications de la convention constitutive du groupement avaient bien été approuvées par le préfet. Plusieurs marchés, notamment de services juridiques et de conseil sportif, ont en outre été passés sans publicité ni mise en concurrence. La crise de gouvernance de 2022 a ensuite débouché sur des contentieux liés à la dissolution du GIP et à la répartition de son passif, évalué à 35,7 M€ au 30 juin 2025.
102,9 M€ d'argent public mobilisés
Au total, en additionnant ce passif aux 63,5 M€ déjà versés par les membres sous forme de subventions d'exploitation et à la contribution de l'État de 3,7 M€ ce sont 102,9 M€ d'argent public qui auront été mobilisés pour organiser quatre épreuves de Formule 1, et cela sans que les retombées économiques régionales annoncées aient été démontrées. Le rapport révèle par ailleurs qu'en août 2022, les dirigeants du GIP ont financé, sans en informer les administrateurs, une étude portée par le groupe FOM sur un projet de Grand Prix à Nice ou dans ses environs, pour un montant de 550 000 dollars.
Soupçons de favoritisme et de détournement de fonds publics
L'affaire ne se limite pas à un constat de mauvaise gestion économique : une enquête a été ouverte depuis 2023 pour des soupçons de favoritisme et de détournement de fonds publics, qui reste instruite par la justice. Le GIP, dépourvu d'objet social depuis 2022 et placé en liquidation judiciaire en mars 2024, demeure aujourd'hui dans une situation coûteuse d'attente de l'aboutissement de sa procédure de liquidation. Une facture dont le solde continue de retomber sur les collectivités qui avaient porté le projet : Région Sud, Département du Var, métropoles de Nice et de Toulon, et métropole Aix-Marseille-Provence