Inauguration de l’Aromatic FabLab : les 20 ans de la reconquête des fleurs à parfum
L”association Fleurs d'Exception a inauguré lundi son nouvel outil structurant : un laboratoire de transformation végétale mutualisé qui vient couronner deux décennies de reconstruction patiente d'une filière agricole tombée en désuétude. Le symbole d’un incroyable regain.
“C'est beau d'avoir eu des rêves et de les avoir concrétisés”, a résumé Pierre Aschieri, maire de Mouans-Sartoux, lors de l'inauguration de l'Aromatic FabLab. Cette phrase, prononcée devant les élus, les représentants du monde économique …et les nouveaux agriculteurs de plantes à parfum, résume à elle seule le sens de cette journée, où l'émotion était palpable. Cela tout particulièrement chez Armelle Janody, la présidente des Fleurs d'Exception du Pays de Grasse, qui fêtait en même temps les 20 ans de l’association. “Vingt ans, c'est long au regard de la vie d'un être humain. Mais c'est court lorsqu'on porte une ambition comme la nôtre : construire, reconstruire une filière tombée en désuétude, redonner ses lettres de noblesse aux productions de plantes à parfum du Pays grassois, redonner de la dignité et un avenir aux agriculteurs de notre territoire”, a-t-elle souligné. (Photo WTM : le préfet Laurent Hottiaux et les quatre piliers de l'association, Catherine Peyreaud au micro avec à droite Armelle Jarody et derrière, de gauche à droite Carole Biancalana et Geneviève Juge).
Vingt ans pour construire un écosystème riche et solide
Vingt ans, c'est en effet le temps qu'il a fallu à Fleurs d’exception pour “construire un écosystème riche et solide d'acteurs prêts à travailler ensemble” a poursuivi Armelle Janody. Le temps qu’il a fallu pour “développer l'Aromatic FabLab et assurer la transmission des savoir-faire, la formation, la production de plantes et la recherche agronomique. Pour faire homologuer une indication géographique et garantir une traçabilité du champ au flacon, mettre sur pied le pass saisonnier pour nous seconder aux récoltes et aux travaux des champs. Et enfin, bâtir cette distillerie pour permettre aux producteurs une diversification de leurs revenus et une réappropriation de savoir-faire.”
“Vingt ans, c'est aussi le temps qu'il nous a fallu pour accompagner l'installation de quarante agriculteurs, tous en contrat avec des industriels ou des marques de produits finis, pour que notre pépinière soit classée mesure de sauvegarde par l'UNESCO, pour être labellisée deux fois manufacture de proximité par l'État et pour être reconnue chef de file du pôle territorial de coopération économique.”
La traduction concrète d'une aventure collective
L'Aromatic FabLab constitue aussi la traduction la plus concrète de cette aventure collective. Présenté par la Ville de Mouans-Sartoux comme un “laboratoire de transformation végétale mutualisé”, ce nouvel équipement répond à un enjeu stratégique : garantir la disponibilité d'une matière végétale de qualité, condition indispensable à la relance durable de la culture des plantes à parfum sur le territoire grassois. Le site comprend une pépinière durable et collective, un espace de plein champ (1,8 hectare) pour les pieds-mères et les multiplications, ainsi que des serres pour les plants les plus fragiles, un bâtiment tout en bois pour distiller, se réunir, travailler ensemble. Le tout doit permettre aux producteurs déjà installés de renouveler leurs parcelles, tout en facilitant l'installation de nouveaux porteurs de projets, assurant ainsi la pérennité d'une filière dont l'avenir dépend directement de cette ressource végétale.
Au-delà de sa fonction agricole, le FabLab porte une dimension patrimoniale forte. La création de cette pépinière durable et collective figure en effet parmi les mesures de sauvegarde inscrites dans le cadre de l'inscription des savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. L'outil ne se limite donc pas à préserver une mémoire : il cherche à redonner une base productive réelle à ce patrimoine vivant, en reconnectant culture, agriculture, transmission des savoir-faire et débouchés économiques concrets. C'est aussi un lieu de formation des jeunes générations et d'expérimentation de nouvelles espèces, conforté par son inscription au Contrat de Transition Écologique du Pays de Grasse.
Mention spéciale aux fondatrices visionnaires
Dans cette aventure, une mention spéciale a été adressée aux fondatrices visionnaires de l'association : outre Armelle Jarody, Carole Biancalana, Geneviève Juge et Catherine Peyreaud, dont les travaux dès 2007 avaient déjà posé les bases du programme accompli vingt ans plus tard. Pour le préfet Laurent Hottiaux, comme pour les maires de Grasse, Jérôme Viaud et de Mouans-Sartoux, Pierre Aschieri, elles ont changé l'avenir de la profession et permis à ce territoire de battre à nouveau à l'unisson des fleurs.
