Keïko Courdy : un film expérience autour des dauphins sauvages
Peut-on dialoguer en musique avec les dauphins ? Avec “CETACEA”, la réalisatrice biotoise lance une expérience artistique et sensorielle unique entre musique sous-marine, écologie et quête intime du vivant : un concert expérimental dans le sanctuaire Pelagos, avec chanteuses et musiciens qui improviseront, écouteront les dauphins et leur répondront en musique.
La cinéaste Keïko Courdy prépare un court-métrage aussi audacieux qu’inclassable. Intitulé CETACEA, ce film de 25 minutes mêlera documentaire, performance artistique et méditation sonore autour d’une expérience inédite : tenter d’entrer en relation avec des dauphins sauvages grâce à la musique et aux vibrations sous-marines. Pour financer le tournage de cette aventure hors du commun, la réalisatrice biotoise a lancé une collecte participative sur Ulule. Au cœur du projet : un concert expérimental organisé au large de Nice, dans le sanctuaire Pelagos, où chanteuses et musiciens improviseront en direct à partir des sons captés sous la mer. Le principe est simple mais vertigineux : écouter les dauphins, leur répondre, puis attendre. Les cétacés viendront… ou non. "Nous ne proposerons rien d’imposé. Ce sont eux qui décideront", explique la réalisatrice. (Photo DR).
Né après la disparition de sa mère, le projet CETACEA prend la forme d’une quête intime autant qu’écologique et spirituelle. Le film interroge notre capacité à écouter le vivant dans un monde saturé de bruit humain, alors que la pollution sonore sous-marine menace les espèces marines. Entre la Méditerranée, la Mer Rouge et la conférence des Nations Unies sur l’Océan organisée à Nice, Keïko Courdy veut explorer un autre rapport au monde, fondé sur la résonance, la sensibilité et la coopération entre espèces. Fidèle à son approche artistique hybride, elle réunit autour d’elle musiciens, ingénieurs du son, plongeurs, naturalistes et militants écologistes, parmi lesquels Paul Watson ou Lamya Essemlali.
Cette exploration du sensible prolonge le parcours singulier de la réalisatrice, connue pour ses documentaires marquants sur la catastrophe nucléaire de Fukushima. Depuis 2011, Keïko Courdy filme régulièrement dans la zone d’exclusion japonaise, où elle a tourné notamment Au-delà du nuage puis L’Île invisible, des œuvres saluées pour leur approche immersive et profondément humaine. Docteure en arts et sciences de l’Université de Tokyo, ancienne enseignante à Kyoto et spécialiste des liens entre art, technologie et performance, elle développe depuis plusieurs années un cinéma sensoriel à la frontière du réel et de l’expérience artistique. Avec CETACEA, la cinéaste semble pousser encore plus loin cette recherche d’un dialogue possible entre humains et non-humains, dans un film où le son devient un langage universel et la mer un espace de rencontre.