Le manque de logements menace l’économie locale

Posté mer 03/09/2008 - 07:05
Par admin

Le manque de logements menace l’économie locale

« Le manque de logements pour actifs constitue le principal frein à la création d’emplois et à l’installation de nouvelles entreprises dans le département. » La déclaration n’est pas celle d’une passionnaria des sans-abris, mais vient du président de la CCI Nice-Côte d’Azur, Dominique Estève. Les Alpes-Maritimes souffrent d’un marché de l’immobilier déstructuré qui menace sa vitalité économique, plus personne ne le conteste.

 

Un déficit de 20.000 logements

 

« Pour garder un marché dynamique, il faut toujours qu’il y ait un décalage entre l’offre et la demande » explique un dirigeant azuréen. Certes, mais le décalage s’est transformé en gouffre : selon les chiffres de l’Observatoire immobilier d’habitat, il manquerait chaque année 2.000 logements neufs pour répondre aux besoins de la population. Et ce depuis près de 10 ans. Rapide calcul : 20.000 logements font donc défaut dans le 06. Un déficit qui alimente la flambée des prix au m² : plus de 140 % en 10 ans. À ce rythme-là, le nombre de logements accessibles aux travailleurs azuréens (avec un pouvoir d'achat estimé autour d'un prix du m² entre 3.000 et 3.500 €) s’est réduit à portion congrue… malgré des mises en vente assez stables, variant entre 3.000 et 4.000 unités par an (cf. graphique ci-dessous).

 

Les salaires intermédiaires les plus touchés

 

« Le problème n’est plus seulement quantitatif mais qualitatif », déplore Marc Facchinetti, directeur de la politique de la ville du Pôle Azur Provence. « La production ne répond pas aux besoins des actifs locaux : les plus touchés sont les salariés intermédiaires, qui perçoivent trop pour se trouver dans le parc social, et pas assez pour se loger convenablement dans le privé. » Chaque année, la construction de 1.500 logements privés mais vendus sur les premiers segments de prix serait à ajouter à celle de 2.000 logements sociaux - la Côte d’Azur accumulant un retard extrêmement lourd sur ce type d’habitat.

 

Du coup, les professionnels de l’immobilier déclament tous le même credo : « Construire plus et densifier ». « Les promoteurs pleurent toujours pour obtenir des terrains constructibles, mais ce qu’ils bâtissent répond rarement aux besoins des actifs locaux », rappelle cyniquement un responsable institutionnel.

 

Pouvoir d'achat

 

De son côté, la Fnaim 06 renvoie la balle aux chefs d’entreprises. « L’attractivité de notre territoire justifie un prix du m² très élevé », analyse son président, Jérôme Renaud. « Ce sont les salaires des azuréens qui, eux, ne sont pas assez hauts ! Nous sommes ici confrontés à des actifs bien moins solvables que dans d’autres régions… le problème relève de la structure économique du département, où l’industrie touristique et ses petits boulots pèsent trop lourds ».

 

Argument réfuté en bloc par Laurent Lachkar, président de l’UPE 06 : « C’est un faux problème. Ici comme ailleurs, les salaires sont calculés en fonction des prix de revient. » Pourtant, « par rapport à Barcelone, Marseille ou Turin, le spectre de l’emploi n’est pas équilibré dans le département » reprend Jean-Marc Prodhomme, responsable dans le 06 de la délégation interministérielle à l’aménagement et la compétitivité des territoires. En attendant, les actifs azuréens partent se loger dans l’Ouest varois et le moyen pays, nouvelles banlieues de la conurbation Nice-Côte d’Azur. Voilà pourquoi selon le haut fonctionnaire, « à l’échelle d’une ville de plus d’un million d’habitants, la solution du problème du logement passe de toute façon par les transports ».

 

Jean-Christophe Magnenet

 

Légende infographie : Source : Observatoire immobilier d’habitat 06/CCI Nice Côte d’Azur. Infographie : Sylvain Perrigault.

Retrouvez un dossier complet consacré à la pénurie de logements pour les actifs azuréens dans le 9e numéro du Journal des Entreprises des Alpes Maritimes, en vente en kiosques le 5 septembre.

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