Menace à Sophia : Amadeus va réduire ses effectifs de 10%

Après s'être déjà séparé de 800 sous-traitants, le Centre de R&D d'Amadeus, plus gros employeur de la technopole, est maintenant menacé d'une suppression de plusieurs centaines d'emplois suite à l'annonce faite hier par le groupe d'une réduction de ses effectifs de 10%. Dans un communiqué, la CGT Amadeus réclame le maintien des emplois et fustige une décision prise sans concertation et destinée uniquement à restaurer de généreuses marges financières.

Amadeus Bel Air

C'est ce que l'on pouvait craindre : Amadeus, pris dans le tourbillon de la pandémie, va tailler dans ses effectifs. Hier soir, le Pdg du groupe à Madrid, Luis Maroto, a annoncé une réduction de 10% des effectifs. A l'échelon du groupe cela fait 1.800 personnes. L'objectif, a-t-il été indiqué, est de réaliser 10% d'économie soit 250 M€. Rien n'a encore été précisé quant aux sites et secteurs qui seraient touchés. Mais si l'on s'en tient à 10%, cela ferait plus de 400 personnes sur le centre de R&D de Sophia Antipolis qui compte 4.200 à 4.300 salariés. Tout juste a-t-il été déclaré que, dans un premier temps, il s'agirait de mettre en place des plans de départs volontaires et de pré-retraites. (Photo DR : les locaux d'Amadeus à Villeneuve Loubet dans l'ancien site de Texas Instruments).

Tout particulièrement impacté par l'arrêt du transport aérien 

Premier groupe mondial des industries des technologies du tourisme, Amadeus est devenu le leader des solutions et des services aux compagnies aériennes, aux aéroports et aux hôtels, aux moteurs de recherche et aux agences de voyages, aux tour-opérateurs et aux autres acteurs du voyage. Une vraie success story européenne. Mais essentiellement lié au voyage, la société est tout particulièrement impactée par la crise sanitaire et la mise à l'arrêt de l'aérien et du tourisme en général.

Ses revenus, le groupe les tire principalement du commerce des billets d'avions, allant de la réservation au paiement en passant par les services en ligne. S'il n'y a plus de vols, il n'y a plus de revenus : l'équation est assez simple. Une situation difficile qui risque de se prolonger. Car si la reprise est aujourd'hui tout doucement en cours, le retour à la normale ne devrait pas se faire avant 2023 dans l'aérien.

Amadeus n'a pas chercher à utiliser le chômage partiel

Dans un communiqué, la CGT Amadeus a dénoncé ces suppressions de postes et appelé au maintien des emplois. Elle souligne que "cette annonce intervient alors que la direction a déjà supprimé 800 postes de sous-traitants ces deux derniers mois sur les sites de Sophia-Antipolis et de Villeneuve-Loubet dans les Alpes-Maritimes, sans considération pour les équipes concernées et sans chercher de solution alternative".

Le syndicat convient bien que la situation soit difficile. "Amadeus sera fortement impactée par la crise économique comme l’ensemble du secte uraérien et l’industrie du voyage en 2020. Mais la direction n’évoque pas de difficulté économique pour justifier les suppressions d’emplois". Et de rappeler qu'Amadeus "est une des entreprises les plus profitables au monde. En 2018, sa marge d’EBITDA (40%) était supérieure à celle de Google, Apple, Amazon ou LVMH. En 2019, sa marge étaient encore de 40%." D'autre part, toujours selon la CGT, "l’agence de notation américaine Standard & Poor’s estime, sur la base des projections de l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA), que l’EBITDA d’Amadeus restera positif en 2020 et reprendra des couleurs les années suivantes".

Pour le syndicat aussi, le choix de décider de réduire les effectifs alors que jusqu'à présent le groupe n'a pas eu recours au chômage partiel, consiste à sacrifier les savoir-faire pour pouvoir restaurer sa marge. "Il n’y a aucun danger pour la survie de l’entreprise" est-il noté dans le communiqué. "Mais une volonté de réduire les effectifs, de supprimer des milliers de postes d’ingénieurs et de salariés hautement qualifiés, ayant des compétences, des savoir-faire et une expertise mondialement reconnue pour à la fois donner des gages aux marchés avant l’annonce de résultats historiquement bas au deuxième trimestre, renouer plus rapidement avec la marge d’EBITDA et accélérer le retour des dividendes, comme l’indiquait déjà le groupe dans sa communication du 2 avril et comme le font d’autres entreprises du secteur aéronautique".

Et maintenant ? Les réductions d'effectifs devraient être précisées en juillet et août dans les différents pays et sites d'Amadeus et les procédures engagées pays par pays suivant les législations sociales en vigueur. A Sophia Antipolis, où avec le centre de R&D se trouve de loin la plus grosse entité du groupe, la tension commence à monter et l'été risque d'être très chaud.

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