Monaco Economic Board : l’analyse géopolitique choc de Jean-Pierre Petit
À l’occasion de la 9e conférence économique de rentrée du MEB, l’économiste a livré devant les décideurs monégasques une lecture sans concession des tensions géopolitiques, du décrochage français et des perspectives des marchés financiers. A méditer.
Guerres au Moyen-Orient et en Ukraine qui n’en finissent plus, vertiges de l’IA, montée des régimes autoritaires, ralentissement économique français... : la rentrée a de quoi inquiéter. Les adhérents du Monaco Economic Bord ont aussi écouté attentivement Jean-Pierre Petit, président des Cahiers Verts de l’Économie, qui animait vendredi à l’Hôtel Hermitage Monte-Carlo la grande conférence économique de rentrée du MEB en partenariat avec Jutheau Husson. Avec son franc-parler et son goût pour les formules qui interpellent, l’économiste n’a pas manqué de dresser évidemment un tableau particulièrement contrasté : un monde marqué par le retour durable de la conflictualité, des démocraties occidentales en difficulté face à des régimes autoritaires plus rapides dans leur prise de décision, mais aussi, côté plus positif, une économie mondiale qui conserve des ressorts solides. (Photo DR : Jean-Pierre Petit lors de la conférence du MEB).
La première alerte tient donc dans la géopolitique. Pour Jean-Pierre Petit, le retour des conflits de longue durée et la multiplication des formes de guerre hybride constituent désormais une donnée structurelle de l’environnement économique. L'économiste pointe également ce qu’il considère comme une forme d’”auto-paralysie” des démocraties traditionnelles, confrontées à des États capables de mobiliser rapidement leurs ressources stratégiques. Une évolution qui dépasse largement le seul champ militaire : énergie, matières premières, technologies, chaînes d’approvisionnement et souveraineté industrielle deviennent autant d'instruments de puissance. Pour les entreprises, le message est clair : le risque géopolitique ne peut plus être considéré comme un facteur extérieur ou temporaire, mais comme une composante durable de la stratégie.
Le diagnostic est d'autre part sévère lorsqu’il aborde la France. Avec une dette publique susceptible, selon ses projections, d’atteindre 130 % du PIB à l’horizon 2030, Jean-Pierre Petit redoute un décrochage économique structurel et n’hésite pas à évoquer le risque d’un “scénario argentin”. En cause selon lui : l’inefficience administrative, le poids des dépenses publiques et la difficulté du système politique à engager les réformes nécessaires. Un avertissement qui prend une résonance particulière à Monaco, où nombre de décideurs entretiennent des liens économiques étroits avec la France et où la compétitivité de la Côte d’Azur reste directement liée à celle de son environnement économique. Au-delà de la formule choc, c’est donc la question de la capacité française à restaurer ses marges de manœuvre financières et sa compétitivité qui, pour lui, est posée.
Sur l’économie mondiale et les marchés, le propos se fait toutefois moins alarmiste. La dynamique globale reste plutôt favorable, soutenue notamment par la productivité et la rentabilité des entreprises américaines. Les marchés actions bénéficient également de facteurs historiques potentiellement favorables à l’approche des élections américaines de mi-mandat, même si celles-ci peuvent provoquer des phases de volatilité. Jean-Pierre Petit appelle néanmoins à la prudence : les taux longs demeurent élevés et la remontée des taux réels américains pèse sur les valorisations. Les actions lui paraissent chères et certains segments présentent des caractéristiques de “bulle”, notamment autour des valeurs technologiques et des anticipations liées à l’intelligence artificielle. Mais l’économiste refuse pour autant de parler d’une nouvelle bulle Internet : à ses yeux, le marché conserve encore une forme de rationalité et distingue les entreprises qui investissent dans l’IA de celles qui parviennent réellement à en tirer des revenus et de la rentabilité.
Que finalement retenir de cette analyse ? Ni catastrophisme, ni euphorie : plutôt une invitation à la sélectivité et à la diversification. À six mois, Jean-Pierre Petit préconise une position globalement “neutre” aussi bien sur les actions que sur les obligations, tout en identifiant quelques pistes : les “small caps”, petites capitalisations européennes, l’or et le cuivre. Pour les entreprises comme pour les investisseurs, sa conférence livre surtout une grille de lecture : dans un monde où les tensions géopolitiques deviennent permanentes, où la dette limite les marges de manœuvre des États et où l’IA bouleverse les perspectives de croissance, la prudence ne signifie pas l’attentisme mais la capacité à distinguer les tendances structurelles des effets de mode.