Monaco : les prévisions sans fard de l’analyste vedette Christophe Barraud
Croissance mondiale sous les 3 %, fractures en K et risque de stagflation en Europe : invité par le Monaco Economic Board, le prévisionniste classé meilleur au monde par Bloomberg, a dressé mardi 26 mai un tableau d'une économie mondiale en voie de fragmentation, avec des trajectoires profondément divergentes entre les États-Unis, la Chine et l'Europe.
C'est devant plus de 90 décideurs réunis par le MEB (Monaco Economic Board) au restaurant Marius à Monaco que Christophe Barraud, responsable de la gestion discrétionnaire et de la recherche chez Lior Global Partners et prévisionniste maintes fois classé premier mondial par Bloomberg sur les États-Unis, la zone euro et la Chine, a livré son analyse de la conjoncture mondiale pour 2026. Le constat d'entrée est sévère : la croissance mondiale devrait tomber à 2,8 %, franchissant pour la première fois depuis la crise du Covid-19 le seuil symbolique des 3 %. En cause, une fragmentation croissante des économies et des politiques monétaires, des incertitudes géopolitiques persistantes et des trajectoires fiscales de plus en plus divergentes d'un continent à l'autre. (Photo DR : Christophe Barraud).
Sur la Chine, que Barraud dit “affectionner particulièrement car les données sont difficiles à obtenir, mais c'est là où se passe le plus de choses”, le tableau est celui d'une croissance solide en apparence mais fragile dans ses fondations. Le 5 % affiché au premier trimestre repose sur un boom transitoire du secteur financier et une production industrielle tournée vers l'export, tandis que la consommation intérieure s'essouffle sous le poids de la crise immobilière. Pékin répond par un pivot stratégique massif : injection de liquidités records (déficit réel supérieur à 9 % du PIB) et réorientation de l'économie vers l'autosuffisance technologique (semi-conducteurs, intelligence artificielle, véhicules électriques). Barraud anticipe une croissance chinoise à 4,6 % pour 2026.
Aux États-Unis, la récession devrait être évitée, avec une croissance projetée à 2,2 %, portée par le stimulus fiscal massif de l'administration Trump, la consommation des ménages aisés et les investissements colossaux dans l'intelligence artificielle. Mais l'économiste met en garde contre une reprise en “K” : pendant que les indices boursiers culminent, les ménages à bas revenus subissent un stress financier croissant, avec une hausse des défauts de paiement sur les crédits à la consommation. Une inflation attendue à 3,4 % en moyenne limite par ailleurs les marges de manœuvre de la Réserve fédérale pour une baisse des taux cette année.
C'est l'Europe qui concentre les inquiétudes les plus vives. Prise en étau entre la hausse des prix de l'énergie liée aux tensions au Moyen-Orient et l'application des tarifs douaniers américains, la zone euro fait face à un risque de stagflation. L'activité se contracte, notamment dans les services et l'hôtellerie, le durcissement des conditions de crédit pèse sur l'investissement des entreprises, et la croissance a été révisée à la baisse à 0,5 % pour 2026, avec une inflation attendue à 3,1 %. Le spectre d'une récession technique n'est pas écarté.
Au-delà des chiffres, c'est la notion de fragmentation qui irrigue l'ensemble de l'analyse de Christophe Barraud : un monde où les trajectoires économiques divergent, où les outils de politique monétaire sont contraints, et où les décisions géopolitiques (tarifs douaniers, pivot industriel chinois, stimulus américain) redessinent les équilibres de la croissance mondiale bien plus sûrement que les fondamentaux classiques. Un message qui est passé auprès des décideurs présents, dont l'intérêt marqué pour la Chine annonce d'ailleurs une mission économique du MEB dans ce pays à l'automne prochain.