Monaco sort de la liste grise du GAFI : un retour en grâce de la finance monégasque

Le Groupe d'action financière a annoncé, vendredi 30 octobre, le retrait de la Principauté de sa liste des pays sous surveillance renforcée, aux côtés de la Bulgarie, de la Côte d'Ivoire et de la République démocratique du Congo. Une décision qui récompense un vaste chantier législatif et opérationnel, mais qui n'efface pas encore le fichage européen de la place monégasque.

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Le verdict est tombé en fin d'après-midi, vendredi 30 octobre, à l'issue de la plénière du GAFI tenue à Paris du 28 au 30 octobre : Monaco quitte la "liste grise" des pays sous surveillance renforcée, deux ans et quatre mois après y avoir été inscrite, en juin 2024, pour des "lacunes stratégiques" en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Le Groupe d'action financière a salué "les progrès positifs accomplis dans la correction des insuffisances stratégiques", constatés lors de visites sur place jugées concluantes, dont une dernière en septembre. La Principauté, qui revendique une densité de millionnaires parmi les plus élevées d'Europe, sort de ce fichage en même temps que la Bulgarie, la Côte d'Ivoire et la République démocratique du Congo, ce qui fait passer la liste grise de 22 à 18 pays. (Photo DR : Monaco et son nouveau quartier Mareterra).

Des moyens de contrôles considérablement renforcés

Ce délistage est l'aboutissement d'un chantier législatif et opérationnel sans précédent sur le Rocher. Avant même le placement en liste grise, et à partir de la mise en suivi renforcé de Monaco par Moneyval en janvier 2023, le gouvernement et le Conseil national ont fait adopter 9 lois ayant donné lieu à la création, la modification ou l'abrogation de 748 dispositions, complétées par 22 textes réglementaires et 254 dispositions réglementaires. Parmi les apports marquants figurent la transformation du SICCFIN en Autorité monégasque de sécurité financière (AMSF), dirigée depuis 2025 par Bruno Dalles, magistrat français détaché à Monaco, ainsi que la création d'un service de gestion des avoirs saisis ou confisqués. La Principauté a également renforcé sa compréhension des risques liés au blanchiment de capitaux et au blanchiment de la fraude fiscale commise à l'étranger, et accru ses demandes de saisie d'avoirs criminels hors de ses frontières. 

Les moyens de contrôle ont également été considérablement renforcés. L'AMSF est passée "de 6 à 20 agents", tandis que les effectifs de la cellule de renseignements financiers (CRF), qui en dépend, sont passés "de 20 à 80 agents", selon Bruno Dalles. Les déclarations de soupçons ont progressé de 10 % par an en 2024 et 2025 pour atteindre 1 500 l'an dernier, dont 40 % proviennent du secteur non financier (jeux, notaires, bijoutiers, navigation de plaisance). Sur le plan des sanctions, la Principauté a infligé près de 10 millions d'euros d'amendes à une quinzaine de sociétés entre décembre 2025 et septembre 2026, dont 6 millions d'euros à la banque suisse UBS au printemps dernier, 1,5 million au gestionnaire de fortune Julius Baer et 1 million à la banque Havilland (devenue Moncrief). 

Monaco toujours sur la liste de l'Union Européenne

La sortie de la liste grise est immédiate : le GAFI a précisé que les juridictions concernées "ne seront donc plus soumises au processus de surveillance renforcée". Mais ses effets concrets se déploieront progressivement. Ce fichage, depuis 2024, avait porté "un coup dur à la réputation et aux affaires du Rocher", obligeant les banques et organismes financiers internationaux à appliquer des contrôles plus stricts sur toutes les transactions avec la cité-État. Le retrait devrait donc progressivement faciliter l'accès de la place monégasque aux services bancaires et financiers internationaux, réduire les frictions avec les contreparties étrangères et soutenir l'attractivité de la Principauté auprès des investisseurs et des grandes fortunes. 

La sortie de la liste grise n'est toutefois "pas un point d'arrivée mais un socle pour l'avenir", a commenté Christophe Mirmand, ministre d'État du gouvernement de Monaco. Une étape cruciale reste à franchir : Monaco figure toujours, depuis juin 2025, sur la liste de l'Union européenne des pays tiers à haut risque en matière de blanchiment, qui s'appuie largement sur les travaux du GAFI. Cette sortie du GAFI va "certainement conduire la Commission européenne à réexaminer sa situation", mais le calendrier reste incertain, la Principauté espérant un délai "le plus court possible". 

Le secteur du yachting reste sous surveillance étroite

Au-delà du délistage européen attendu, Monaco entend inscrire ses efforts dans la durée. La Principauté vient de lancer la troisième réévaluation annuelle des risques dans le domaine de la lutte antiblanchiment, qui s'achèvera en décembre 2027. Le secteur du yachting, pilier de l'économie monégasque (411 entités, 600 millions d'euros de revenus en 2024, 359 ventes de yachts pour 3,8 milliards d'euros) reste sous surveillance étroite, l'AMSF reconnaissant que 20 % des entités du secteur n'ont pas encore de procédures internes dédiées. "Nous n'y voyons pas une ligne d'arrivée : ce qui compte désormais, c'est ce que Monaco met en œuvre dans la durée. Les réformes vont donc se poursuivre, à mesure que les pratiques évoluent", a conclu Christophe Mirmand.

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