Nice-Matin imprime désormais à Vitrolles : une page historique se tourne
Depuis le 5 mai 2026, les éditions de Nice-Matin et Monaco-Matin sortent des rotatives d'un site industriel mutualisé avec La Provence à Vitrolles. Un tournant majeur pour le groupe azuréen, qui ferme son imprimerie historique du Mercantour et se réinvente en profondeur sur le plan industriel et logistique.
Depuis le 5 mai 2026, Nice-Matin et Monaco-Matin sont imprimés à Vitrolles, sur un site partagé avec La Provence. Ce nouveau centre de production repose sur l'ancienne imprimerie MOP, rachetée conjointement par CMA Média et le Groupe Nice-Matin après l'abandon du projet initial au Muy, dans le Var, bloqué par des obstacles administratifs. Une longue gestation (le projet de mutualisation industrielle entre les deux groupes était évoqué depuis plusieurs années) pour un basculement qui change durablement la géographie de la presse régionale en PACA. (Photo capture d'écran : le changement d'imprimerie s'accompagne d'un léger changement de format papier).
Pour Nice-Matin, ce transfert n'est pas une simple délocalisation technique. Le groupe ferme son site historique de la route du Mercantour à Nice, chargé de décennies d'histoire industrielle. Son directeur général Simon Perrot en a mesuré la charge symbolique. “J'ai une émotion, puisqu'en inaugurant ce nouveau centre d'impression, nous fermons notre site historique de Mercantour. C'est un choix difficile, et j'ai une pensée pour l'histoire du groupe, et surtout pour toutes nos équipes techniques qui ont œuvré, collaboré, travaillé dans ce centre depuis tant d'années”, explique-t-il dans une vidéo postée sur LinkedIn. Le basculement s'accompagne également d'un léger changement de format papier (un journal un peu plus large, un peu moins haut) sans que le groupe y voie une concession faite aux lecteurs ou aux annonceurs.
Mais avec ce déplacement à Vitrolles, loin du bassin de diffusion azuréen, c’est toute la chaîne de production qui a dû être repensée de fond en comble. “Cette nouvelle imprimerie nous a obligés à nous réinventer : réinventer un modèle industriel, réinventer un schéma logistique, un schéma de transport. C'est un défi majeur qu'on a dû relever”, souligne ainsi Simon Perrot. Le groupe a dû reconfigurer ses flux de transport pour continuer à acheminer ses éditions dans les délais imposés par la presse quotidienne. Var-Matin, troisième titre du groupe, devrait rejoindre ce dispositif dans les prochaines semaines.
Derrière la logique industrielle se lit aussi une réalité économique : le modèle de la presse quotidienne régionale est plus que jamais fragilisé. La mutualisation de l'outil d'impression avec La Provence permet aux deux groupes de partager des coûts fixes devenus insupportables séparément, dans un contexte de recul structurel de la diffusion papier. Côté marseillais, cette transition ne se fait pas sans heurts : un plan de sauvegarde de l'emploi portant sur 72 postes a déclenché un mouvement de grève et de vives tensions syndicales. Sur le fond, cette inauguration illustre l'état d'une presse régionale contrainte de se réorganiser profondément pour survivre, sans pour autant renoncer à ce qui fait son identité : la proximité de ses journaux, de ses équipes et son ancrage dans les territoires.