L'Observatoire SKEMA-UniCA de l'accès aux soins va cartographier les “déserts médicaux”
Au moment où le Sénat examine la loi Garot sur les déserts médicaux, SKEMA Business School et Université Côte d'Azur lancent le premier observatoire français de l'accès aux soins à l'échelle du quartier. Il s’agit d’un outil de cartographie inédit qui permettra pour la première fois de mesurer avec précision les inégalités d'accès aux soins sur l'ensemble du territoire national.
Le timing est délibéré. C'est le jour même où les sénateurs entament l'examen du projet de loi porté par le député Guillaume Garot visant à mieux répartir les médecins sur le territoire que SKEMA Business School et Université Côte d'Azur ont choisi de lancer conjointement l'Observatoire SKEMA-UniCA de l'accès aux soins. Premier dispositif de ce type en France, cet outil permet de visualiser l'accessibilité de la population aux différents services de santé depuis le niveau national jusqu'à l'échelle d'un quartier. Il est accessible librement au public sur le site www.chaire-paas.com et agrège des données issues de la CNAM, de l'Insee et de diverses bases publiques gouvernementales pour offrir une photographie détaillée de l'offre de soins à tous les niveaux géographiques : national, régional, départemental, communal et infra-communal. L'initiative émane de la Chaire Prévention et Accès aux Soins, créée conjointement par les deux établissements en 2025 et soutenue par l'Initiative d'Excellence d'Université Côte d'Azur. (Photo DR).
Ce qui distingue fondamentalement cet observatoire des outils existants, c'est sa granularité et l'étendue de sa couverture. Il recense 22 catégories de professionnels de santé et couvre trois grandes familles de services : les professionnels libéraux, les services hospitaliers (dont les urgences et les établissements psychiatriques) et les infrastructures essentielles telles que les pharmacies et les EHPAD. La couverture temporelle de ces indicateurs peut atteindre quinze ans, permettant ainsi de suivre l'évolution de l'accessibilité dans le temps et d'évaluer l'efficacité des politiques publiques mises en œuvre. Aucun outil disponible jusqu'ici ne permettait de croiser à cette échelle de précision l'ensemble de ces dimensions sur la totalité du territoire français.
Les usages concrets sont multiples et touchent directement les acteurs du terrain. Un maire pourra identifier précisément les spécialités médicales présentes ou manquantes dans chacun des quartiers de sa commune et comparer sa situation avec celle de communes comparables. Les Agences régionales de santé disposeront d'un véritable outil d'aide à la décision pour mieux orienter la répartition des professionnels de santé. Les opérateurs publics et privés pourront quant à eux repérer les zones où l'implantation de nouvelles structures médicales apparaît prioritaire. “Le débat sur les déserts médicaux souffre souvent d'un manque d'indicateurs précis, comparables dans le temps et couvrant un large spectre de l'offre de santé”, souligne Benjamin Montmartin, professeur d'économétrie et de data science à SKEMA et directeur de la Chaire. “On ne peut améliorer durablement l'accès aux soins que si l'on est capable de le mesurer avec finesse en tenant compte de l'ensemble des acteurs du système.”
L'enjeu est considérable. Près de neuf millions de Français vivent aujourd'hui dans des territoires touchés par la désertification médicale, et dans les zones les moins bien dotées, obtenir un rendez-vous chez certains spécialistes peut nécessiter plusieurs mois d'attente. Face à ce constat, l'observatoire marque une évolution importante dans la manière même d'aborder le problème : non plus seulement comme un enjeu de démographie médicale à traiter par des mesures incitatives ou coercitives, mais comme un sujet de pilotage territorial fondé sur des données objectives, accessibles à tous et actualisées. “En combinant excellence académique, innovation méthodologique et ouverture des données, nous créons un outil susceptible d'éclairer les décisions publiques et de contribuer concrètement à réduire les inégalités territoriales d'accès aux soins”, résume Sylvain Antoniotti, vice-président de l'Initiative d'Excellence d'Université Côte d'Azur.
Pour SKEMA Business School et Université Côte d'Azur, deux établissements dont les campus principaux sont implantés à Sophia Antipolis, cette initiative illustre une ambition commune : faire de la recherche académique un levier d'action publique directe sur les grands défis sociétaux. En mettant gratuitement cet outil à la disposition des élus, des professionnels de santé et des citoyens, ils apportent au débat parlementaire en cours ce qui lui manque trop souvent : une mesure précise, comparable et territorialisée de la réalité du terrain. Un apport d'autant plus précieux que la question des déserts médicaux s'annonce comme l'un des enjeux majeurs de la prochaine décennie pour la cohésion territoriale française.