Rendez-Vous de Septembre à Monaco : le bras de fer tarifaire assureurs-réassureurs
La 68e édition du grand rendez-vous mondial de la réassurance, qui a réuni 3 700 participants jusqu'à mercredi, s'est tenue dans un climat de négociation tendue entre espoir de baisse des primes et mise en garde des réassureurs face aux risques climatiques. En vue des cotisations d’assurances à la baisse ?
Avec en toile de fond un climat qui devient dévastateur (incendies géants, crues dévastatrices, tornades et tempêtes infernales), la 68e édition des Rendez-Vous de Septembre qui s’est tenue en début de semaine, du 5 au 9 septembre, était particulièrement suivie sur une question : les primes d’assurances allaient elles flamber ? La planète assurance s'était concentrée en effet à Monaco pour en parler. Plus d'une centaine de groupes mondiaux de l'assurance et de la réassurance étaient réunis pour ouvrir les négociations des traités renouvelés au 1er janvier 2027. Et bonne nouvelle : ce serait plutôt une baisse des primes qui se dessinerait. (Photo DR : des feux de forêts qui se sont multipliés cet été en France, comme partout dans le monde).
Les réassureurs affichent des résultats financiers historiques
Contrairement à un salon classique, le salon repose sur une forte concentration de rendez-vous bilatéraux privés, où assureurs, réassureurs, courtiers et actuaires négocient prix, limites de garanties, franchises et capacités des contrats qui déterminent ensuite le coût et les conditions des assurances habitation, entreprises, agriculture et catastrophes naturelles pour les ménages et les professionnels.
Le risque climatique, évidemment, est resté au cœur des discussions, porté par la multiplication des incendies, inondations, tempêtes et épisodes de grêle. Mais, rayon de soleil, l'édition 2026 s'est ouverte dans un contexte plus favorable qu'à l'accoutumée : les sinistres climatiques assurés au premier semestre ont représenté environ 42 milliards de dollars dans le monde selon Swiss Re, soit 16% de moins que la moyenne des dix dernières années, tandis que les réassureurs affichent des résultats historiques : 2,4 milliards d'euros de bénéfice au premier semestre pour Swiss Re, 1,4 milliard pour Hannover Re. Cette moindre sinistralité, combinée à une capitalisation record du secteur, alimente les anticipations d'une détente des tarifs de réassurance en 2027, certaines estimations évoquant une baisse moyenne de l'ordre de 5,5%.
Les assureurs réclament des réductions à deux chiffres, mais…
Les réassureurs ont toutefois cherché à limiter l'ampleur de cette baisse attendue par les assureurs et leurs courtiers, qui réclament des réductions à deux chiffres. Clemens Jungsthöfel, directeur général de Hannover Re, a rappelé que “le paysage des risques n'est pas devenu plus simple” malgré une concurrence accrue, tandis que Thomas Blunck, directeur de l'activité réassurance de Munich Re, a comparé le secteur à un “système immunitaire” finançant plus de 50 scénarios de catastrophes pour chaque dollar investi. Thierry Léger, patron du réassureur français SCOR, a mis en garde contre “un monde très incertain”, évoquant le risque de typhons plus dévastateurs dans le Pacifique sous l'effet d'El Niño. Au-delà du climat, les réassureurs ont aussi pointé la judiciarisation des litiges aux États-Unis et le risque de résurgence de l'inflation, sur fond de guerre en Iran, comme facteurs pesant sur les coûts d'indemnisation.
Aussi, sur le plan tarifaire, les analystes restent partagés quant à l'ampleur du mouvement. Pour Marc-Philippe Juilliard, de l'agence S&P, la solvabilité élevée des réassureurs devrait mécaniquement faire baisser le coût de la réassurance, un constat partagé par Manuel Arrivé, de Fitch, qui évoque un rapport de force basculant en faveur des acheteurs de réassurance du fait de la surcapitalisation du secteur. Mais Stefan Golling, directeur non-vie de Munich Re, a tempéré ces anticipations en rappelant que le cycle tarifaire reste hétérogène selon les segments et les régions, et que la saison des ouragans aux États-Unis, tout juste entamée, pourrait encore rebattre les cartes d'ici la fin de l'année. Les réassureurs se montrent par ailleurs réticents à assouplir leurs conditions de souscription, notamment sur les sinistres dits “de fréquence”, craignant un retour rapide d'une sinistralité climatique élevée.
Le paradoxe de l’édition 2026
Ces négociations ont également été marquées par une contestation militante : le mouvement ANV-COP21 a projeté lundi soir un message géant dénonçant le soutien d'AXA aux énergies fossiles sur le bâtiment accueillant l'événement, l'assureur ayant réalisé 4,5 milliards d'euros de résultat au premier semestre 2026. Au final, cette édition 2026 illustre un paradoxe : un risque climatique qui continue de s'intensifier structurellement, mais une année provisoirement moins coûteuse et des réassureurs solidement capitalisés qui pourraient desserrer, au moins partiellement, l'étau tarifaire pour les renouvellements 2027.
Avec un bémol toutefois pour les usagers : sans que cela ne se traduise nécessairement par une baisse équivalente des primes payées par les ménages, ces dernières intégrant aussi l'inflation de la construction et les choix commerciaux propres à chaque assureur.