Roselyne Koskas ("Le pouvoir misogyne") : l'autre "exception française"

Posté lun 03/04/2006 - 00:00
Par admin

"Savez-vous que près de 49 % des députés du Rwanda et 25 % de ceux de l’Afghanistan sont des femmes, alors qu’elles ne sont que 12 % en France ? Nous sommes la lanterne rouge de l’Europe des 25 avec un classement au 21e rang", note Roselyne Koskas qui a mené l'enquête.

La seule femme Premier ministre a été brûlée en place publique avant même d’avoir vraiment pu gouverner. La seule présidente de région a été vilipendée par ses propres amis pour avoir évoqué sa candidature à l’élection présidentielle. La première femme ministre de la Défense reste l’éternel outsider pour s’installer à Matignon… Les hommes politiques ne supportent pas l’idée de voir les femmes gouverner ! Le pays des droits de l’Homme n’est visiblement pas celui des droits de la Femme, estime Roselyne Koskas, la directrice de la Fondation Sophia Antipolis qui a cherché à mieux appréhender ce phénomène.Avec Guy Schwartz, conseiller en communication, qui a été rédacteur en chef du Matin de Paris, producteur et réalisateur de programmes audiovisuels, et conseiller notamment auprès d’Edith Cresson et Nicole Notat, Roselyne Koskas a longuement interrogé les femmes politiques françaises, de l’extrême gauche à l’extrême droite, sur la manière dont elles affrontent la misogynie qu’elles subissent tous les jours. Parmi ces interviewées : Edith Cresson, Elisabeth Guigou, Arlette Laguiller, Marie-Georges Buffet, Marine Le Pen, Marielle de Sarnez, Roselyne Bachelot, Michèle Alliot-Marie, Claudie Haigneré, Noëlle Lenoir, Marie-France Garaud, Françoise Gaspard, Dominique Estrosi, Clémentine Autain, Nicole Notat, etc.Le livre "Le pouvoir misogyne", plus qu'une analyse sociologique, se veut avant tout un livre de témoignages, d'anecdotes, de vécu. Roselyne Koskas qui avant son arrivée à la Fondation a été grand reporter au Matin de Paris et à Antenne 2, nous explique pourquoi avoir entrepris ce livre et nous révèle ce qu'elle a tiré de son enquête.- SN.com : Pourquoi ce livre sur le pouvoir misogyne ?Roselyne Koskas : Parce qu’il nous est apparu que, dans le domaine politique, la France constituait une exception. Et pas seulement en la comparant aux Etats du nord de l’Europe puisque, dans de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, les femmes y sont mieux représentées. L’avènement récent d’Angela Merkel en Allemagne, mais également de Michelle Bachelet au Chili, d’Ellen Johnson Sirleaf au Libéria ou, encore, tout récemment, de Han Myung-sook en Corée du Sud, continuent de le prouver abondamment.Savez-vous que près de 49 % des députés du Rwanda et 25 % de ceux de l’Afghanistan sont des femmes, alors qu’elles ne sont que 12 % en France ? Nous sommes largement la lanterne rouge de l’Europe des 25 avec un classement au 21e rang ? Nous sommes également la lanterne rouge dans un classement de 127, nous arrivons à la 85e place !… La France devrait faire mieux.Nous avons donc voulu savoir la raison de cet état de fait.. Le mieux était d’aller interroger des hommes mais surtout des femmes politiques. Nous avons voulu voir aussi si d’un côté ou de l’autre de l’échiquier politique, de l’extrême droite à l’extrême gauche, la situation était la même. Hélas, c’est le cas. Dans la misogynie, il n’y a pas de clivage droit/gauche.- SN.com : Quel est le parcours de femme qui vous a le plus impressionné ? Le plus attachant ?Roselyne Koskas : Edith Cresson, certainement. Elle a été la plus importante victime du sexisme de la part de ses collègues politiques comme des opposants. Elle y a fait face sans ciller. L’autre femme intéressante, c’est Roselyne Bachelot. Son analyse est très fine. Elle a tout compris de la situation des femmes depuis longtemps. Elle dit répondre par la violence verbale à la violence morale des hommes. Mais elle se dit confiante, sûre que les femmes vont prendre toute leur place dans le débat politique.Mais de l’avis de tous, la grande figure emblématique de la lutte des femmes pour leur émancipation, celle qui a su imposer sa voie sans violence est sans conteste Simone Veil.- SN.com : Quelle leçon avez-vous tiré de la multitude d'entretiens que vous avez réalisés ?Roselyne Koskas : Que les femmes ont compris les codes des hommes, qu’elles ne veulent pas les utiliser mais qu’elles veulent se créer les leurs, qu’elles ont compris qu’elles avaient des tempéraments, des qualités, des comportements différents de ceux des hommes et qu’il fallait les faire admettre.Elles s’y emploient en étant solidaires les unes des autres, en créant des réseaux, en investissant des citadelles jusque là interdites. Nous avons compris que le combat pour la parité pouvait être gagné … et même plus rapidement qu’on ne le pensait généralement.- SN.com : Quels conseils donner aux femmes qui veulent entrer en politique ?Roselyne Koskas : D’être elles-mêmes. De ne pas chercher à singer les hommes. D’oser.Le livre : Roselyne Koskas et Guy Schwartz : "Le pouvoir misogyne : Pourquoi les hommes ont-ils peur des femmes en politique". Editions Bourin, Prix 19€

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