Sénatoriales AM : l'UDR-RN en tête mais la droite résiste avec trois sièges sur cinq
Le scrutin du 27 septembre met fin au monopole des Républicains, qui détenaient les cinq sièges du département. Les deux sénatrices sortantes sont reconduites et trois nouveaux élus les rejoignent. Au niveau national, la droite et le centre gardent la majorité, mais le RN et l'UDR pourront, pour la première fois, former un groupe.
Le scrutin qui s’est joué hier dimanche 27 septembre avec les grands électeurs renouvelait la moitié des 348 sièges du Sénat. À l'échelle nationale, il confirme d'abord la solidité de la droite et du centre. Les Républicains restent la première force de la Haute Assemblée, avec 123 sénateurs selon les premiers décomptes, malgré un recul de quelques sièges. Avec les 72 élus de l'Union centriste, ils conservent une large majorité. Le Parti socialiste garde un groupe de plus de 60 membres. Le fait marquant de la soirée est ailleurs : le Rassemblement national et son allié l'UDR comptent désormais au moins 14 sénateurs selon les estimations de dimanche soir, contre trois jusqu'ici. Ils dépassent ainsi le seuil de dix élus nécessaire pour constituer un groupe parlementaire. “Ces sénatoriales marquent notre enracinement dans le pays”, s'est félicité Jordan Bardella depuis La Seyne-sur-Mer (Var). La France insoumise fait de son côté élire son premier sénateur, en Seine-Saint-Denis. (Photo DR : trois nouveaux sénateurs dans les Alpes Maritimes avec, de gauche à droite Laurent Castillo, Gaëlle Frontoni et Jean-Marc Delia).
L'équilibre change dans les Alpes-Maritimes
Dans les Alpes-Maritimes, où Les Républicains avaient remporté les cinq sièges en 2020, l'équilibre change. Les grands électeurs, très majoritairement des délégués des conseils municipaux, ont exprimé 2 061 suffrages. La liste UDR-RN “Le meilleur est à venir pour les Alpes-Maritimes”, conduite par Laurent Castillo, arrive largement en tête avec 829 voix (40,22 %) et obtient deux sièges. Les deux listes investies par LR se partagent les trois autres. Celle d'Alexandra Borchio Fontimp obtient deux élus avec 621 voix (30,13 %), celle de Dominique Estrosi-Sassone un élu avec 469 voix (22,76 %). Les deux sénatrices sortantes sont donc reconduites. Trois nouveaux élus les rejoignent : l'eurodéputé Laurent Castillo, Gaëlle Frontoni, élue municipale de Nice et conseillère départementale, et Jean-Marc Delia, maire de Saint-Vallier-de-Thiey. Plusieurs sortants quittent en revanche le Palais du Luxembourg. Philippe Tabarot ne se représentait pas. Henri Leroy et Patricia Demas, placés en troisième position sur leurs listes respectives, ne sont pas réélus.
La liste UDR-RN espérait jusqu'à quatre sièges
Pour l'alliance soutenue par Éric Ciotti, maire de Nice et président de la Métropole, cette première place laisse un goût d'inachevé. Grande favorite, la liste “espérait raisonnablement” trois sièges, “voire quatre si Dominique Estrosi-Sassone s'écroule”, confiait-on à l'UDR avant les résultats. Il lui a manqué une centaine de voix pour obtenir un troisième élu. Le sénateur sortant Henri Leroy, ancien maire de Mandelieu-la-Napoule passé de LR à l'UDR, en fait les frais. “C'est pour nous une immense victoire, celle des électeurs qui nous ont fait confiance et nous ont portés en tête de cette élection”, a réagi Laurent Castillo. Éric Ciotti a préféré mettre en avant la dynamique nationale et y voit “le signal puissant d'une nation qui se mobilise depuis ses territoires pour préparer la grande alternance en 2027”. L'homme fort du département, qui soutient Marine Le Pen dans la campagne présidentielle, jouait pourtant aussi sa crédibilité dans ce scrutin.
La surprise Alexandra Borchio Fontimp
La performance d'Alexandra Borchio Fontimp a été l'autre surprise de la soirée. Élue d'Antibes, conseillère départementale et adhérente de Nouvelle Énergie, le parti de David Lisnard, elle avait monté sa propre liste, “Ensemble pour les Alpes-Maritimes”. Elle était soutenue par le maire de Cannes, par celui de Grasse, Jérôme Viaud, et par celui d'Antibes, Jean Leonetti. Son score lui permet de faire élire Jean-Marc Delia, maire Nouvelle Énergie de Saint-Vallier-de-Thiey. Celui-ci retrouve le Sénat, où il avait siégé à partir de janvier 2025 en remplacement de Philippe Tabarot, alors nommé ministre des Transports, avant de se retirer pour redevenir maire. “C'est une belle surprise. J'espérais être reconduite mais je n'imaginais pas faire un deuxième siège”, a réagi la sénatrice. “C'est aussi le résultat de mon travail pendant 6 ans et de cette campagne de proximité à l'image de mon mandat”, a-t-elle ajouté.
Une revanche pour Dominique Estrosi-Sassone
Pour Dominique Estrosi-Sassone, le résultat est une revanche. Sénatrice depuis 2014 et présidente de la commission des affaires économiques du Sénat, elle avait fait liste commune avec Alexandra Borchio Fontimp en 2020. Partie seule cette fois, elle s'était vu prédire par certains la fin de sa carrière politique. Elle conserve pourtant son siège, aidée selon un élu par un vote utile : “Certains, à gauche ou de droite modérée, ont voté utile, pour faire barrage à l'extrême droite.” “J'ai gagné ce combat, seule contre tous, en m'appuyant sur le travail que j'ai accompli durant 12 ans dans ce territoire”, s'est félicitée la sénatrice, qui dénonce “des trahisons et des opportunismes politiques”. Les trois élus de droite siégeront dans la majorité sénatoriale de Gérard Larcher.
Aucun siège pour une gauche divisée
Divisée, la gauche n'obtient aucun siège. La liste PCF-PS de Francis Tujague, maire de Contes, soutenue par les Écologistes, ne recueille que 84 voix (4,08 %). Elle devance les listes de l'écologiste Jean-Christophe Picard, de l'insoumis Adrien Nouet et de Livio Orsi. Le département enverra donc au Sénat trois élus de droite et deux élus UDR-RN. Ce nouveau rapport de forces montre le recul des Républicains face à la poussée ciottiste, sans que l'UDR obtienne la majorité qu'elle espérait. Il tient aussi au mode de scrutin : élus à la proportionnelle par un collège composé surtout de délégués des conseils municipaux, les sénateurs reflètent d'abord les équilibres locaux.