Suppression d'emplois : ces listes qui affolent Sophia

Posté jeu 14/11/2002 - 00:00
Par admin

Entre les plans sociaux dans les grands groupes et les réductions d'effectifs ou les liquidations dans les PME et les start-up, plus de mille suppressions de postes ont été répertoriées. Pour la première fois de son histoire la technopole pourrait en 2002 afficher un solde de l'emploi négatif. Essai de récapitulatif.

"Sophia, un havre dans le marasme" titrait en septembre 2001 le Financial Times dans plusieurs longs articles. A un an de distance, la situation a complètement changée. L'an dernier, c'est vrai, Sophia avait pu paraître quelque peu épargné. Le parc technologique azuréen avait beaucoup moins souffert que d'autres technopoles ou zones d'activités liées au secteur des télécommunications. Mais depuis six mois il se trouve touché par la même tornade. Les plans sociaux se sont accumulés, des start-up disparaissent toutes les semaines et un peu partout des réductions d'effectifs ont déjà été effectuées ou sont programmées. Chambre de commerce et d'industrie, CASA (Communauté d'agglomération Sophia Antipolis) et d'autres organismes ont essayé de prendre la mesure du phénomène et ont établi des listes avec d'un côté les emplois supprimés et de l'autre les emplois créés.Un exercice alarmant qui fait ressortir un solde d'emplois négatif pour 2002. Avant le grand dîner débat de la JCE Antibes Sophia Antipolis sur le thème de Sophia, vendredi 15 novembre, voici ce que l'on retrouve dans les différentes listes qui circulent sur la technopole et qui tentent un premier bilan, entreprises par entreprises, des suppressions et créations d'emplois cette année.Les grands comptes font les gros départsL'article "Alerte Rouge sur Sophia Antipolis", paru dans "L'Eco Nice-Matin" du 19 septembre avait révélé au grand public (et par la même occasion à la classe politique régionale) la crise du high tech azuréen. Dans cet article n'étaient toutefois surtout pris en compte que les plans sociaux établis dans les grands groupes. Depuis, la situation s'est encore aggravée avec les annonces de Compaq, de Nortel et de Lucent (Alcatel Space, s'il supprimera 200 emplois de plus que les 150 déjà annoncés, n'impactera toutefois pas directement l'emploi sophipolitain).Sont ainsi listés au chapitre des grands groupes :Nortel : 217 suppressions d'emplois (180 décidées avant l'été et 37 annoncées récemment);Lucent : 122 suppressions d'emplois (80 avant l'été et 42 annoncées en octobre)Thales Microsonics : 110 postes supprimés sur un effectif de 385 personnesHP-Compaq : 79 postes supprimés suivant un plan social annoncé fin septembre, plan décidé dans le cadre de la fusion avec HPAndersen : 61 emplois supprimés en octobre à la suite de l'explosion d'Andersen World Wide dont dépendait le site sophipolitain.Marconi : 20 emplois supprimés avec la fermeture cet été du site e-marketing de Sophia qu'avait créé il y a trois ans l'équipementier britannique après le rachat de Fore-System.Les grands comptes à eux seuls auront ainsi, au minimum, supprimés un peu plus de 600 postes. Il est bien sûr possible d'objecter que tous les départs n'auront pas lieu forcément cette année. En raison des délais des procédures de licenciement, une partie des départs annoncés à travers les plans sociaux pourront se faire sur l'année prochaine. Mais, les statistiques de l'emploi 2002 se trouveront impactées par des décisions annoncées en 2001. Les chiffres annoncés donnent aussi quand même un reflet relativement conforme de la situation.PME-PMI et filiales : liquidations et réductions d'effectifsDu côté des PME-PMI et des filiales de grands groupes, les suppressions de postes sont souvent plus difficiles à appréhender car elles se font plus discrètement. Aucune société en effet ne cherche à attirer l'attention en débauchant. Sur les listes qui circulent on retrouve :Istar : la filiale d'EADS, spécialisée dans le traitement d'images géographiques, a supprimé 10 postes avant l'été et a lancé les procédures d'un plan social pour 40 personnes (l'effectif avant réduction était de 100 personnes).Techlink : la SSII (60 personnes) a coulé en octobre après cinq années d'activité. Une quinzaine de contrats ayant été repris par Simulog, une autre société sophipolitaine, la perte en terme d'emploi se monte à 45.Reef-France: la filiale de Reef a coulé au printemps. Elle s'était installée à Sophia en novembre 2000 à travers le rachat de Globale com (11 personnes) et projetait d'atteindre 100 personnes fin 2001, chiffre qu'elle n'a jamais atteint évidemment. Le bilan est estimé à une dizaine d'emplois perdus.Corvis : 18 emplois supprimés avec la fermeture de Corvis France décidée cet été par la maison mère aux USA.Tachys : la filiale d'un groupe britannique, sur le créneau des composants télécoms, était montée en deux ans à 25 personnes. Le brutal lâchage de la maison mère en juillet a contraint à la liquidation début septembre et au licenciement de l'ensemble des effectifs.RTSe : les Finlandais de RTS en s'installant fin décembre 1999 à Sophia à travers le rachat d'Inys et d'Ove Interactive, deux start-up sophipolitaines avaient l'ambition de monter à 400 personnes. Ils n'ont pas dépassé la soixantaine et la fin s'est jouée cette année avec la disparition de RTSe qui ne comptait plus qu'une vingtaine de personnes.Ulticom : le leader mondial des logiciels permettant le déploiement de services dans les réseaux de télécommunications mobiles, fixes et Internet, était arrivé en 1999 et avait installé son centre de R&D dans de nouveaux locaux en novembre 2000 pour faire face à son expansion. Il a supprimé 15 emplois sur Sophia réduisant ses effectifs à 49 personnes.Ferma : la SSII a réduit ses effectifs de 10 personnes.Mentor Graphics : 15 postes supprimés suite à une réduction massive de l'implantation sophipolitaine (3 personnes restent à Sophia et ont quitté le CICA pour le World Trade Center).Profium : l'éditeur finlandais de logiciels de publication s'est retiré de Sophia Antipolis (20 emplois en moins dans la technopole).AMI : spécialiste des logiciels pour l'administration des flux de production, cette PME installée au CICA de Sophia Antipolis a cessé ses activités début novembre suite à une dissension entre les actionnaires. 15 emplois supprimés.Si l'on ne considère que cette liste (elle est loin d'être exhaustive, de nombreuses PME-PMI du territoire high tech ayant baissé leurs effectifs pour faire face à des baisses d'activité) ce sont plus de 240 emplois qui ont été supprimés dans ce secteurStart-up : le grand coup de froidLes deux années précédentes, c'étaient surtout les start-up qui avaient continué à animer le marché du recrutement. Cette année, c'est tout le contraire. Faute de pouvoir lever des capitaux et confrontées à une forte baisse de leurs marchés, certaines ont carrément coulé, ou ont fortement réduit la voilure.Neurocom : le groupe spécialisé dans la sécurité sur Internet a déposé son bilan en juin. Sa filiale sophipolitaine (50 personnes) a été fermée. Une partie des effectifs a été repris par une société Aequalis créée au début de l'été par l'ancien responsable du bureau de Sophia.Realviz : l'éditeur sophipolitain de logiciel de traitement d'images 2D/3D, a été confronté à une baisse spectaculaire du marché américain qui lui assurait plus de 50% de chiffre d'affaires. Pour assurer sa pérennité, il a été contraint de lancer plusieurs plans sociaux successifs, fermant ses bureaux à l'étranger (USA notamment) et réduisant les effectifs. Ceux-ci étaient montés à une centaine de personnes à Sophia (120 avec les bureaux étrangers). Ils sont d'un peu plus de 30 aujourd'hui.Smart Fusion, qui développe une plate-forme logicielle pour les mobiles de nouvelle génération, avançait un effectif de soixante personnes à la fin de l'année 2001. La start-up n'en compte plus que 30. De même Castify Networks qui était monté autour de 60 personnes est redescendu à une trentaine. Activia Networks, Wimba, Opt(e)way ont toutes également réduit leurs effectifs d'une dizaine de personnes chacun. La liquidation de Dust Restauration a supprimé 9 emplois. Buying-partner, la place de marché pour les achats généraux est en réglement judiciaire et a supprimé 15 postes sur les 30 qu'elle comptait. Au total, cela fait plus de deux cents personnes, sans compter toutes les start-up qui ont coulé sans couronne mortuaire ou celles qui ont réduit leurs effectifs de moindre ampleur.Ceux qui ont continué d'embaucherPour compenser ce gros millier de postes supprimés, peu de choses en face. SAP, le géant allemand du logiciel a recruté environ 70 personnes sur 2002. ST Microelectronics (20 personnes) et TTPCom, filiale d'une société britannique spécialisée dans le design des puces pour mobiles (15 personnes), se sont installées sur la technopole. Dans les NTIC, ASK a grandi (une vingtaine de personnes), Trema s'est beaucoup développé (30 personnes) après une belle levée de fonds, Aequalis a engagé une trentaine de personnes sur Sophia en reprenant un créneau occupé par Neurocom en liquidation. Le secteur de la santé est bien réparti mais les créations de postes s'étaleront dans le temps. Pour 2002, il est possible de citer une vingtaine d'emplois nouveaux pour Allergan et une trentaine pour Galderma.Ce qui donne, au jour d'aujourd'hui, un peu plus de 230 emplois nouveaux créés. Si l'on compare les suppressions avec les créations, le déficit s'annonce au moins de l'ordre de 800 emplois. Le dernier "recensement" dont on dispose et qui court sur 18 mois (du début 2000 au 30 juin 2001) donne un solde positif de 2.000 emplois pour l'année 2000 et de 1.000 emplois pour les six premiers mois de 2001. Le coup de froid de 2002 n'en apparaît que plus violent.Ces chiffres qui circulent pour 2002, sont bien sûr à prendre avec des pincettes car ils ne sont pas exhaustifs (ils risquent cependant d'être encore plus lourds en terme d'emplois perdus, la visibilité étant très mauvaise sur les réductions d'effectifs ou les liquidations d'entreprises dans les PME ou encore plus dans la nébuleuse des start-up et des TPE -Très petites entreprises). Mais en attendant les statistiques complètes établies annuellement par la SAEM (Société anonyme d'économie mixte) qui ne sortiront qu'au printemps, ils permettent de prendre conscience de l'ampleur de la crise rencontrée. Touchée aussi bien dans ses grands comptes que dans ses PME-PMI et ses start-up, la technopole, qui comptabilisait 24.500 emplois à fin juin 2001, devrait cette année afficher un solde d'emploi négatif. Ce serait une "première". Depuis sa création en 1969, même au pire de la crise du début des années 90, le solde, ne serait-ce que de peu, s'était toujours révélé positif. Il est possible, à cette lumière, de comprendre l'anxiété qui règne aujourd'hui sur la première technopole européenne.(NB du 15/11/02) - La start-up Opt(e)way qui avait pu réussir de belles levées de fonds (112 millions de francs en 2000) a dû également réduire fortement ses effectifs passant de 130 personnes à une trentaine aujourd'hui. Ce chiffre de 130 a été contesté à travers un mail du 21 novembre 2002 : "La société au plus fort de son expansion comptait 70 salariés et 25 contractants a-t-il été ainsi signalé.(NB du 18/11/02) - Dans un mail, Smart Fusion indique qu'elle n'a jamais compté plus d'une trentaine de collaborateurs en 2001 et 2002 (la direction parlait de 38 à 39 personnes compte tenu des CDD et des consultants). Si la société a été parfois créditée de 60 personnes, c'est, selon Smart Fusion, peut être en raison des projections d'effectifs qui n'ont pu être réalisées en raison de la conjoncture.- De même Castify Networks indique que ses plans étaient bien de monter à 60 personnes en 2001, mais que la société n'a jamais dépassé 40 personnes.- En revanche un salarié licencié de Lucent nous fait part dans un mail à propos de l'annonce par Lucent de la suppression de 42 emplois suppplémentaires : "Ceci est vrai mais enfait, en plus des 42, il y a neuf emplois supplémentaires correspondant aux équipes de developpement qui sont touchés aussi."

Jean-Pierre  Largillet

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