Transport : le conflit s'envenime entre Renaud Muselier et Charles-Ange Ginésy
À l'approche du 1er septembre, date de suppression annoncée de plusieurs services Zou!, la Région Sud et le Département des Alpes-Maritimes se rejettent mutuellement la responsabilité, dans un échange de courriers et communiqués de plus en plus tendu.
À compter du mardi 1er septembre 2026, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur doit supprimer plusieurs services Zou! jugés peu fréquentés : les deux dispositifs de transport à la demande (TAD) de la Communauté de communes Alpes d'Azur (Puget-Villars et Estéron-Puget), ainsi que les dessertes nocturnes des lignes 621 Cannes-Nice et 661 Cannes-Grasse, les vendredis, samedis et veilles de jours fériés. La Région justifie l'arrêt des bus de nuit par une fréquentation jugée insuffisante, avec en moyenne 8 voyageurs par trajet sur la 621 et 6 sur la 661. Une décision qui a immédiatement suscité l'indignation de Charles-Ange Ginésy, président du Département des Alpes-Maritimes et de la Communauté de communes Alpes d'Azur, qui dénonce une mesure prise “sans concertation et sans délai, en plein mois d'août”. (Photo DR : gérés par la Région Sud, les bus Zou! servent à assurer les déplacements en transport en commun routier non urbain sur tout le territoire de Provence-Alpes-Côte d'Azur).
"Une décision inacceptable pour nos territoires ruraux"
Dès le 23 juillet, Charles-Ange Ginésy avait écrit à Renaud Muselier pour demander le réexamen de la décision et l'ouverture d'une véritable concertation avec les élus et la population. Sans réponse à son courrier, il est monté publiquement au créneau le 20 août, soutenu par Jérôme Viaud, président de l'Association des Maires des Alpes-Maritimes, et Pierre Corporandy, président de l'Association des Maires Ruraux.
Pour Charles-Ange Ginésy, ces services, même modestes en volume, sont essentiels dans des territoires ruraux de montagne : ils permettent aux personnes âgées, aux jeunes, aux personnes sans véhicule et aux publics fragiles d'accéder aux soins, aux commerces et à l'emploi. “Supprimer un dispositif de transport qui fonctionne bien, sans concertation, constitue une décision inacceptable pour nos territoires ruraux”, a-t-il martelé, estimant que la Région, compétente sur les transports régionaux, doit “assumer pleinement sa responsabilité”.
Alpes d'Azur avait demandé et obtenu la compétence des transports dès 2021
La réplique de Renaud Muselier n'a pas tardé. Le président de la Région Sud rappelle qu'Alpes d'Azur avait “demandé et obtenu” dès 2021 la compétence des transports, et que la Région a continué d'exploiter le TAD depuis lors “pour éviter l'interruption de la desserte”, sans y être juridiquement tenue. Il accuse Charles-Ange Ginésy de “refuser d'assumer ses compétences” tout en pointant du doigt la Région, allant jusqu'à qualifier sa position de “mauvaise foi effrayante”.
Le conflit a franchi un nouveau cap ce dimanche 23 août, avec un communiqué cinglant de Muselier : “Monsieur Ginésy, arrêtez de vous cacher, il y a cinq ans, vous avez fait le choix de devenir autorité organisatrice de la mobilité” Réfutant toute exclusivité régionale en matière de transport, il ajoute : “Il n'y a pas de pouvoir régalien en matière de transport, ça n'existe pas” et conclut par un vibrant “Ne vous défaussez plus, assumez et engagez-vous ! “
Un conflit qui embrase la classe politique locale
Cette polémique a rapidement dépassé le seul duel entre les deux présidents pour embraser une partie de la classe politique locale. Éric Ciotti, maire de Nice, a accusé sur X Renaud Muselier de “vulgarité crasse”, tandis que le député RN Lionel Tivoli et la maire de Toudon Virginie Escalier ont adressé une lettre commune au président de Région, rejetant le motif de faible fréquentation avancé : “On ne peut pas demander aux habitants de nos vallées de moins utiliser leur voiture tout en leur supprimant les transports”, s'étonnent-ils.
Ce nouvel épisode intervient après les tensions du printemps entre Muselier et Ciotti autour du retrait de Nice de l'organisation des JO d'Hiver 2030, confirmant des relations de plus en plus dégradées entre l'exécutif régional et une partie des élus des Alpes-Maritimes.
Deux visions du service public de transport
À ce jour, aucune solution de compromis n'a été publiquement confirmée et la date du 1er septembre reste celle annoncée pour la suppression effective des services concernés. Au-delà des lignes supprimées, cette affaire oppose deux visions du service public de transport : d'un côté, la Région met en avant l'efficacité, la fréquentation et une clarification stricte des compétences ; de l'autre, Charles-Ange Ginésy défend une logique d'aménagement du territoire, où un service peut être maintenu malgré un faible nombre d'usagers pour éviter l'isolement rural.
Les élus locaux continuent de réclamer une suspension de la décision et l'ouverture d'une concertation, sans qu'aucune réponse concrète n'ait pour l'instant été apportée par la Région à quelques jours de l'échéance.