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INRA : le résultat étonnant d'une étude sur la disparition des abeilles

Une nouvelle étude de l'INRA (Institut national de recherche agronomique) confirme bien que les "néonicotinoïdes" (une famille d'insecticides neurotoxiques) altèrent le sens de l'orientation des "butineuses" et les empêchent de retrouver le chemin de la ruche. Mais, plus étonnant, elle montre que la colonie s'adapte à cette surmortalité en privilégiant le renouvellement des "ouvrières".

C'est un sujet capital pour l'agriculture mondiale que vient éclairer une nouvelle étude de l'Inra (Institut national de recherche agronomique) : celui de la disparition des abeilles, les "pollinisateurs" de la planète. Depuis des années, les apiculteurs sont confrontés à une mortalité qui s'accélère dans leurs ruches. Ils ont notamment mis en cause des insecticides qui altèrent le sens de l'orientation des "butineuses" et les empêchent de retrouver le chemin de la ruche.

Une seconde étude menée en plein champ

Menée il y a deux ans, une première étude de l'INRA a permis de confirmer, ce qui n'était alors qu'une hypothèse. En contact avec des plantes traitées par des "néonicotinoïdes" (un insecticide qui s'introduit dans la plante et la rend toxique) les abeilles se retrouvent bien désorientées. Leur déclin peut ainsi s'expliquer, non pas par toxicité directe des insecticides, mais par la perturbation de leur orientation et de leur capacité à retrouver la ruche.

Une seconde étude vient d'être publiée sur ce sujet. Elle porte sur une population d'abeilles de plus grande ampleur et surtout elle sort du laboratoire pour le "plein champ". Une étude qui conforte les essais en laboratoire sur les risques de désorientation des abeilles exposées au traitement des semences de colza au thiaméthoxame, un insecticide issu de la famille des néonicotinoïdes. Mais qui montre aussi autre chose plus inattendu : la colonie soumise à ce "stress" adapte sa stratégie.

L’étude révèle en effet que la proximité des parcelles traitées diminue l’espérance de vie des butineuses. Mais en réponse à cette surmortalité, les colonies modifient leur stratégie de production de couvains (les mâles), de façon à privilégier le renouvèlement des ouvrières. Ce qui soulève de nouvelles pistes de recherches pour l’évaluation des risques toxicologiques sur le terrain.

7.000 abeilles équipées de micropuces RFID

Pour cette expérimentation grandeur nature, les chercheurs ont équipé 7.000 abeilles de micropuces RFID permettant de surveiller leur entrée/sortie de la ruche. Les abeilles pouvaient butiner dans un territoire agricole de 200 km² comprenant quelques parcelles de colza dont les semences étaient traitées à l’insecticide de la famille des néonicotinoïdes, le thiaméthoxame. Les résultats montrent que le risque de mortalité des abeilles augmente selon l’exposition des ruches. Ce gradient d’exposition est une combinaison à la fois de la taille des parcelles et de leur distance à la ruche. L’effet de l’exposition s’accroit progressivement au cours de l’avancement de la floraison du colza allant d’un risque moyen de mortalité de 5 à 22%.

Cependant, les chercheurs n’ont pas observé d’altération des performances des ruches exposées. Les quantités de miel produites n’ont pas été impactées par le gradient d’exposition aux cultures issues des semences traitées à l’insecticide. Les hypothèses avancées portent sur la mise en place au sein de la ruche de mécanismes de régulation démographique des colonies permettant de compenser la surmortalité des individus.

Un phénomène de résilience

Les colonies étudiées ont conservé des effectifs d’ouvrières et de butineuses suffisants pour maintenir la dynamique de production du miel. Ainsi, un rééquilibrage entre la taille du couvain mâle et celui des ouvrières apparaitrait pendant la floraison et dans les semaines qui suivent.

On assiste aussi à une sorte de phénomène de "résilience" qui permet à la colonie de surmonter la difficulté. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'il ne faille pas agir pour un emploi raisonné des insecticides. Fragilisées par les insecticides, les abeilles se trouvent plus sensibles à d'autres "stress" comme les acariens et les parasites. Les auteurs de l’étude confirment aussi l’importance de mesurer les effets chroniques de faibles doses dans l’évaluation de la toxicité des pesticides avant leur mise sur le marché ainsi que de possibles effets cumulatifs entre différentes matières actives.

  • Cette étude a été menée par l’Inra, Terres Inovia, le CNRS, l’ITSAP-Institut de l’abeille et ACTA. Elle a été publiée le 18 novembre 2015 dans la revue Proceedings of the Royal Society B.
  • Lire également dans WebTimeMedias.com "Déclin des abeilles : l'INRA met en cause un insecticide" (article du 3 avril 2012)


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