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Jean-Pierre Blanc (Malongo) : l'homme du café équitable

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Il y a des rencontres qui comptent. Qui éclairent une vie. Pour Jean-Pierre Blanc, directeur général de Malongo, ce serait celle du fondateur de Max Havelaar, le Padre van der Hoff, au Mexique en 1992. Le déclic. Elle l'amènera à encourager Malongo à travailler avec les petits producteurs et à s’investir dans le domaine du commerce équitable. A la barre du torréfacteur azuréen depuis 1980, Jean-Pierre Blanc restera aussi comme l'initiateur du commerce équitable dans la grande distribution. Lui qui sait si bien transmettre sa passion du café, aura apporté en plus d'un arôme, une âme à cette industrie. Ce qui ne l'a pas empêché d'investir aussi le domaine des nouvelles technologies avec les machines à doses, de s'engager à l'export et de faire de Malongo, vieille maison niçoise créée en 1934, un des grands du café d'aujourd'hui.

Pour le septième de ses Entretiens Privés, Dominique Perron Rousset s'est intéressée à ce patron emblématique. Comme dans ses autres entretiens, la fondatrice de Tara Communication (cabinet conseil en image et management spécialisé en communication financière), a cherché à porter un regard de "spécialiste de l'image" en retraçant l'environnement de Jean-Pierre Blanc, en faisant découvrir plus en profondeur sa personnalité et son image. C'est ce que l'on retrouve dans l'entretien ci-dessous et dans le Questionnaire de Proust.

 

L’environnement

Il fait encore doux, j’arrive devant l’usine Malongo, à Carros. La grille s’ouvre, je me gare et, en sortant de mon véhicule, l’arôme du café m’enveloppe.

Dans le hall clair et très fonctionnel, je remarque tout de suite un torréfacteur et, sur la droite, une grande pièce consacrée entièrement au café. Au milieu de cet espace un magnifique bar en bois clair s'impose. Autour de ce meuble particulier, j’admire un très grand nombre d’objets sur le thème du café : cafetières récentes et anciennes, de la plus simple à la plus sophistiquée, moulins à café, petits torréfacteurs anciens, sacs de café en jute provenant de plusieurs pays producteurs.

Quelle collection ! Seulement une petite partie, je l’apprendrai un peu plus tard.

L’assistante de Jean-Pierre Blanc me guide à l’étage où il m’attend, très chaleureux et accueillant. Son espace de travail est assez grand ; une table ronde, un grand bureau en bois sombre vernis où s’entassent des piles de dossiers, une vitrine remplie d’ouvrages sur le commerce équitable et, sur les murs, des dizaines de photos et d’affiches. Je ne peux m’empêcher de remarquer Paul Bocuse et Alain Ducasse en compagnie de mon hôte (des clients amis, sans doute) mais, également, le Padre Francisco Van der Hoff (fondateur de Max Havelaar – commerce équitable).

 

L’image de Jean-Pierre Blanc et de son entreprise

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DPR- Au sein de votre entreprise comment pensez-vous être perçu ?

Jean-Pierre Blanc : "Je pense être perçu comme quelqu’un qui fait avancer les choses, un peu trop rapidement quelquefois, mais juste et ferme.

Je crois être également disponible, communiquant et, peut-être, avoir de la créativité ce qui est nécessaire pour le développement des projets.

J’aimerais bien pouvoir accélérer les délégations (décentralisation de certaines prises de décisions). Je suis un peu trop "Jacobin", parfois (rires).

Comment êtes-vous, vraiment ?

Je suis plutôt simple, j’aime le contact et je suis aussi à l’aise dans un établissement de luxe (grand restaurant) que dans un pays producteur "à la dure".

Je suis très observateur, j’incite à la création et au changement mais, comme je fais beaucoup de choses, je peux épuiser mes collaborateurs.

Comment souhaiteriez-vous être perçu ?

Comme je le suis avec mes qualités et mes défauts.

Auprès de vos clients, comment pensez-vous être perçu ?

Malongo est perçue comme une PME qui privilégie la qualité des produits et des hommes, qui est particulièrement innovante avec des valeurs collectives fortes lui permettant de progresser.

Et vous ?

Je n’en sais rien. J’espère en bien car nous signons des contrats avec de nouveaux clients, en permanence (rires).

Selon vous, comment vos fournisseurs perçoivent-ils votre entreprise ?

Nous essayons de transmettre la même démarche en amont et en aval sur nos principaux fournisseurs, les pays producteurs (Mexique, Haïti, Congo, Nouvelle Calédonie, Zimbabwe,…). Nous sommes perçus comme une entreprise qui les aide à progresser et non pas comme des prédateurs. Nous menons des actions à long terme comme au Mexique, depuis 1992, avec des programmes d’aide au développement et des programmes sociaux. Par exemple, nous finançons de l’Eco tourisme au Mexique, en Haïti avec l’installation d’Internet haut débit dans les zones rurales. Nous sommes appuyés, dans ces démarches, par l’Université de Nice et par Alcatel Lucent.

Auprès de vos pairs, quelle image, personnellement, pensez-vous transmettre, à l’extérieur de votre entreprise ?

Il faut leur demander car je n’en n’ai aucune idée.

Qu’aimeriez-vous changer ?

Je suis déjà très impliqué dans le collectif au niveau local et national mais je manque un peu de temps car j’ai une double casquette, Directeur Général et Acheteur de café vert (notre matière première). Ce qui me conduit à être dans les coopérations de pays producteurs, plusieurs fois par an. C’est bien car je serais incapable de vendre un produit dont je n’aurais pas la maîtrise en privilégiant la qualité "de l’arbre à la tasse".

 

Parcours de l’entreprise

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Cette société existe depuis 1934 et vous en êtes le Directeur Général depuis 1980, que pensez-vous y avoir apporté ?

Je pense y avoir apporté une modification de dimension, elle a beaucoup évolué en effectif et en complexité. J’ai apporté, aussi, tout le travail sur le commerce équitable et les valeurs sociales mais également le développement de l’innovation avec notre système à doses "Expresso", que tout le monde connaît.

Nespresso, le leader du marché produit 2 milliards/an de doses "Expresso" et chez Malongo nous en produisons 200 millions. Pour une PME, ce n’est pas si mal… Et, en plus, elles sont en papier naturel recyclable !!!

Vous avez posé la première pierre de la "Cité du café" en janvier 2008 et, à ce jour, où en êtes-vous ?

Nous espérons la fin des procédures pour bientôt et donc pouvoir retravailler à l’aboutissement de ce projet. En attendant, nous avons été obligés de réinvestir fortement sur le site de Carros.

Pour la petite histoire, un très petit nombre de personnes peuvent bloquer de grands projets qui sont pourtant écologiques - HQE (Haute Qualité Environnementale) – et qui pourraient permettre le développement de l’emploi.

Le projet comporte à la fois un centre de recherche et de formation, un outil de production et de logistique mais aussi un musée du café avec de grandes serres pour développer le tourisme d’entreprise. Il y a, à peu près, 25.000 m2 à bâtir sur un terrain de 150.000 m2 situé en dessous d’IBM, à La Gaude.

Pour vous, quelles sont les caractéristiques essentielles du commerce équitable ?

En fait, c’est une nouvelle façon de faire du commerce qui permet à des familles paysannes de se regrouper pour produire du café, tout en vivant dignement du fruit de leur travail. Un certain nombre de critères techniques ont été mis en place par le label Max Havelaar. Les quatre principaux, sont les suivants :

Un prix minimum garanti quelque soit les cours du marché

Une prime sociale qui est versée à l’ensemble des paysans pour qu’ils puissent réaliser des programmes collectifs (dispensaires, amélioration de l’habitat, transports en commun,…) décidés par Assemblée Générale

Un appui qui peut être fourni soit par Malongo, par des entreprises ou par des institutions internationales afin de leur donner la possibilité de progresser dans ce nouveau système

Une répartition démocratique de l’organisation (Assemblée Générale, Conseil de surveillance,…) avec partage des risques et du pouvoir.

Croyez-vous sérieusement conciliables commerce et solidarité ?

Oui car cela peut rendre, avec des mécanismes de marché, le modèle économique libéral plus équitable.

Si cela avait été fait dans le domaine financier, on ne serait pas où nous en sommes aujourd’hui…

En effet, le commerce équitable a été le premier à organiser la régulation des marchés avec mise en place de principes de régulation.

 

La question d’actualité

Face au ralentissement économique actuel, que peut apporter une entreprise éthique, selon vous ?

Elle apporte exactement ce qu’attend le consommateur, à savoir des produits de qualité à valeurs sociales et permettant le bien être car l’ensemble des produits du commerce équitable sont biologiques.

Ce que l’on peut dire, c’est que le commerce équitable et les théories que nous avions développés depuis 1992 étaient prémonitoires de la crise de 2008. En effet, nous avions créé la régulation des marchés tout en étant ouverts à la mondialisation. Refusant la globalisation mais en restant dans le respect des cultures.

Dominique Perron Rousset


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