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Regard franco-américain sur l'éducation : de la puissance financière d'Harvard University!

Télescopage de chiffres pour Sandrine et Maxime Crener : alors que la nouvelle entité Sorbonne-Universités avance un budget de 684 M€ pour 58.000 étudiants, Harvard University, pour 20.000 étudiants, clôturait un budget de 4,4 milliards de dollars, alimenté essentiellement par des fonds privés. De quoi s'interroger sur le financement des Universités et le rôle de l’Etat des deux côtés de l'Atlantique.

Maxime Crener a dirigé le Ceram à Sophia et développé l'Université Internationale de Monaco. Son épouse, Sandrine, est Research Associate à la Harvard Business School. Tous deux, installés depuis cinq ans à Boston, ont gardé un pied sur la Côte d'Azur. Ils sont aussi souvent appelés par des amis azuréens ou monégasques inquiets pour l'avenir de leurs enfants. D'où l'idée de cette rubrique hebdomadaire sur les problèmes actuels de l'éducation avec un point de vue posé des deux côtés de l'Atlantique. Cette semaine ils se sont intéressés au financement des universités, côté France avec la nouvelle entité Sorbonne-Universités et côté Etats-Unis avec la Harvard University. Voici leur 8ème "Regard franco-américain sur l'éducation".

 

Harvard University: puissance financière et excellence académique

La semaine dernière un collègue français de passage à Boston, attirait notre attention sur la nouvelle entité Sorbonne-Universités, un projet d’enseignement et recherche labélisé "initiative d’excellence" qui tend à faire émerger en France 5 à 10 pôles pluridisciplinaires d’excellence d’enseignement supérieur et de recherche de rang mondial. Doté d’un budget de 684 millions d’euros, financé par l’Etat et les collectivités locales ce nouveau pôle d’enseignement et de recherche Sorbonne-Universités regroupe onze  institutions comme les Universités Paris-Sorbonne, Pierre et Marie Curie et l’Université de Technologie de Compiègne, le Muséum national d’Histoire naturelle, l’école de management de l’INSEAD, etc…réunissant dès lors 58.000 étudiants dont 12.000 en master et 5.200 doctorants.

Notre discussion portait sur le financement des Universités et le rôle prépondérant de l’Etat dans celui-ci. Aux Etats-Unis nous retrouvons trois types d’Universités avec des modèles et des objectifs de financement très différents : les entités publiques, les privées à but non lucratif (dont Harvard) et les privées à but lucratif (on les appelle ici "for profit"). La très grande majorité des universités américaines sont publiques (appartiennent aux Etats) ou sont des entités à but non lucratif financées en partie par la générosité des anciens et par des dons d’entreprises ou de personnes.

Cette même semaine de novembre, comme tous les anciens diplômés de Harvard nous recevions les résultats financiers pour l’année fiscale se terminant au 30 Juin 2014. Harvard (6700 étudiants au "College" -Licence 4 ans- et 14.500 étudiants en Master et Doctorat) est devenu à nouveau positif suite à une petite perte l’année dernière, son surplus financier étant cette année de 2,7 millions de dollars. Deux éléments importants ressortent du rapport annuel :

  • 1) Suite au lancement de la nouvelle Campagne de fundraising de l’Université, dont l’objectif est de récolter des dons pour un total de 6 milliards, Kenneth Griffin et la Morningside Foundation ont respectivement donné 150 millions (aide aux étudiants du "College") et 350 millions de dollars pour l’Ecole de Santé Publique (qui va prendre le nom de son bienfaiteur, T.H. Chan).
  • 2) L’autre fait d’importance significative après les années de crise des marchés financiers est l’extraordinaire croissance de l’actif net du Fonds de Dotation pour une valeur de 4.6 milliards. Ainsi avec une valeur actuelle de 36.4 milliards ce fonds retrouve à 2% près sa valeur d’avant la crise de 2008-09.

Examinons maintenant rapidement le budget d’opérations pour l’année 2013-2014:

Les revenus ont cru de 5.5% par rapport à l’année précédente pour un total de 4.4 milliards de dollars et se répartissent de la manière suivante : 819 millions du gouvernement fédéral et autres (financement de la recherche), 878 millions de frais de scolarité des étudiants, 1.2 milliard en donations et dons spécifiques, et 1.5 milliard en contribution du Fonds de Dotation.

Les dépenses ont augmenté de 4% pour s’établir à environ 4.4 milliards de dollars et se répartissent de la manière suivante : 2.17 milliards pour les salaires et bénéfices sociaux en augmentation de 6%, ce qui représente environ 49% de la dépense totale, 130 millions en bourses pour les étudiants, 248 millions en équipement et fournitures, 307 millions pour espaces et loyers divers, 486 millions pour services achetés, 253 millions pour intérêts courus, 504 millions en autres dépenses et 308 millions de dollars en dépréciation.

Au bilan le Fonds de Dotation a obtenu cette année un retour sur investissement de 15.4% et la valeur nette après distribution est passée de 32.7 milliards à 36.4 milliards tel que mentionné plus haut. Notons que la dette a diminué et se maintient à un niveau de 5.6 milliards, ce qui n’empêche pas l’université de garder sa côte AAA auprès de Standard & Poor, et de préserver annuellement un investissement en capital pour des projets de l’ordre de 465 millions de dollars !

Remarquons également que la valeur actuelle du fonds de dotation est répartie en fonction des unités pédagogiques de l’université et qu’ainsi la "valeur" de la faculté des Arts et des Sciences est évaluée à 15.2 milliards de dollars ; les facultés de Médecine et Business suivent avec des valeurs respectives de 4.2 et 3.2 milliards de dollars. A cet égard il est important de noter, à titre d’exemple, que le budget annuel d’opérations de la Faculté de Médecine atteint 605 millions de dollars pour un total de 708 étudiants inscrits au Diplôme de Médecine(MD) et de 815 inscrits aux doctorats de spécialisation (PhD). La Faculté de Busines (HBS) avec un budget d’environ 615 millions de dollars accueille à peine plus de 2000 étudiants. Faut-il s’étonner si ces deux entités sont les leaders mondiaux dans leurs spécialités respectives!

Pour terminer cette courte note, un, on peut extrapoler en disant que le prix de revient d’un étudiant à Harvard Université est d’environ 232.000 dollars comparé à 14.600 dollars dans le cas de Sorbonne-Universités !!! C’est à dire 15 fois plus ! Deux, on peut également souligner qu’une entité est financée à 97% par l’Etat et l’autre à 18%…

Sandrine et Maxime Crener

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