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Formation professionnelle : le coup de gueule de Jean-Christophe Aicard contre la réforme

Expert en évolution professionnelle à Nice, Jean-Christophe Aicard s'insurge contre la disparition du bilan de compétences dans la nouvelle réforme de la formation professionnelle entrée en vigueur en ce début janvier. Il déplore aussi que les formations éligibles soient limitées aux seules formations "certifiantes".

La nouvelle réforme de la formation professionnelle entre en vigueur en ce début janvier 2015. Elle apporte une vague de changements avec notamment comme mesure phare la mise en place du Compte Personnel de Formation (CPF) qui prend le relais du DIF (Droit Individuel à la Formation) et la création d'un conseil en évolution professionnelle (CEP). Elle ne fait pas que des heureux. Expert en évolution professionnelle au sein du cabinet Quater à Nice, Jean-Christophe Aicard (pour l'anecdote, descendant du poète Jean Aicard), s'insurge contre cette nouvelle loi. Il dénonce notamment son ambiguïté sur la place réservée au Bilan de Compétences, avec le risque de disparition d'un droit inscrit depuis 1992 dans le Code du travail. Voici son opinion.

"Le bilan de compétences est le grand oublié"

"Alors qu'il a démontré depuis plus de vingt ans son utilité pour définir son orientation professionnelle ou pour se réorienter, le bilan de compétences est le grand oublié de la nouvelle loi sur la formation professionnelle 2015. Un droit supprimé pour les demandeurs d'emploi et limité pour les salariés", estime Jean-Christophe Aicard. Pour lui, cette décision est une aberration. "Il est pour le moins paradoxal, au moment où le chômage explose dans notre pays, et que de nombreux demandeurs d'emploi ont la nécessité de se réorienter, de leur confisquer cet unique outil et de le limiter pour les salariés".

"Les centres de bilans de compétences sont soumis à des habilitations de plus en plus contraignantes de la part des Fongecif et Opacif. On leur demande de l'antériorité, un nombre de bilans minimum chaque année, de démontrer leurs compétences et formation .Au final, c'est tout le dispositif d'orientation professionnelle qui tombe sous le strict contrôle de l'administration."

L'ASCBC (Association Syndicale des Centres de Bilans de Compétences) dont Jean Christophe Aicard fait partie, dénonce aussi l'ambiguïté de la nouvelle Loi sur la place réservée au Bilan de Compétences, le risque de disparition d'un droit inscrit depuis 1992 dans le Code du travail et donc à terme la mort du bilan de compétences. "Une pétition est lancée pour faire pression sur les pouvoirs publics et sur les partenaires sociaux pour le réintégrer dans le Compte Personnel de Formation, comme il l'était dans le cadre du DIF. Pour que la finalité et les objectifs du Conseil en Evolution Professionnelle soient clarifiés et la place du Bilan de Compétences réaffirmée."

L'usage du CPF limité aux seules formations "certifiantes"

Mais Jean Christophe Aicard va plus loin. "La mise en place du CEP et la disparition de centres de bilan véritablement indépendants, privent salariés et demandeurs d'emploi du libre accès à l'orientation professionnelle. Ils se retrouvent dans la même situation qu'un collégien devant un conseiller d'orientation, bien heureux s'il en trouve un disponible. Mais aussi, en limitant les formations éligibles à celles figurant sur une liste limitée de formations à prétentions "certifiantes", la réforme fait disparaître de la formation professionnelle tout ce qui touche au comportement : attitude, savoir-être, motivation potentiel ..."

Selon lui "une réforme aussi absurde ne peut qu'être le produit de cerveaux malades. Tant il est évident que les mesures adoptées compromettent les objectifs affichés. Croire qu'une formation "certifiante" est un gage "d'employabilité" est au minimum naïf, mais exclure du financement les ingrédients de base de l'employabilité est inepte. L'attitude et les savoirs être, la motivation et le potentiel, ces fondamentaux, déjà absents des formations initiales, sont désormais bannis de la formation professionnelle."

"Toutes les "petites" formations en communication interpersonnelle, gestion des conflits, management, managing up, gestion du stress ... à la trappe ! Pourtant, à l'heure où les signes de souffrance au travail explosent, lorsqu'on envisage de classer le "burn out" en maladie professionnelle, ce sont ces "petits" outils les plus à même de résoudre les problèmes ou plus modestement d'apaiser les tensions."

Enfin, pour  mieux orienter la formation professionnelle vers ceux qui en ont le plus besoin, notamment les recalés de l'éducation nationale, la loi limite l'usage du CPF aux seules formations "certifiantes". Retour vers un futur au point mort pour cette catégorie dont l'avenir s'obscurcit un peu plus encore. "

Des activités professionnelles sur-réglementées

Selon Jean Christophe Aicard, le problème vient d'une société sur-administrée en général, et dans le cas présent des activités professionnelles sur-règlementées. "Les personnes qui souhaitent se former manquent elles de discernement au point qu'il soit nécessaire de limiter leur choix ? De leur imposer un cadre duquel elles souhaiteraient justement sortir ? Quand on sait le discernement de ceux qui posent les cadres...", conclut-il.


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