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Projet ENERGEIA : normes et homologation, le casse-tête des start-ups de l'énergie

"Comment "designer" un produit adapté et aux normes à l’échelle européenne" : le second des ateliers du projet européen ENERGEIA, ateliers que pilote l'Incubateur PACA-Est à Sophia, s'est penché sur ce qui se révèle comme un vrai casse-tête pour les start-ups innovantes. Cinq propositions ont été formulées pour les aider à mieux franchir cette barrière difficile des normes et de l'homologation.

Le dossier ENERGEIA

1- L'Europe veut faire grandir les starts-ups de l'énergie

2- Normes et homologation, le casse-tête des start-ups de l'énergie

3- Comment faciliter l'accès des start-ups de l'énergie à des opérations pilote?

4- La chaîne vidéo ENERGEIA

"Comment "designer" un produit adapté et aux normes à l’échelle européenne pour les start-ups de l'énergie?" Le second groupe de travail réuni par l'Incubateur PACA-Est à SKEMA Sophia dans le cadre du projet européen ENERGEIA (photo ci-dessus) s'est penché sur l'aspect très technique des normes et homologations. Après la question de la constitution de l'équipe, la "dream team", dans un secteur de l'énergie marqué par sa complexité, a été abordée ainsi une problèmatique tout aussi essentielle à résoudre pour les start-ups de l'énergie qui cherchent à grandir.

Les précautions à prendre dès le départ

Plus en détail, ce second atelier s'est attaché aux bonnes pratiques à mettre en œuvre dans la conception d'un produit ou d’une solution issu(e) d’une technologie de l’énergie qui soit conforme à l'échelle européenne. Car c'est bien au niveau de la conception du produit que se joue le succès ou non de la start-up innovante. Plutôt que de se limiter au marché régional ou français, qui peut s’avérer être une niche en regard du temps de commercialisation, il est aussi préférable de penser la conception de son produit en considérant l’Europe comme son marché intérieur, avant de passer à l’international vers les marchés asiatiques ou américains.

Pour ce faire, il est nécessaire de prendre certaines précautions dès le départ afin de s’assurer que son produit ne sera pas rejeté par les marchés en Europe hors France (différents usages des utilisateurs, aspects de lobbying, normatifs ou réglementaires). Il faut également tenir compte du fait que les produits ou solutions innovant(e)s dans le secteur de l’énergie nécessitent une homologation spécifique et se doivent de respecter des normes à la fois au niveau français et au niveau européen. Un autre aspect qui doit être lui aussi pris en compte dès le démarrage du projet, sachant que les procédures peuvent être longues et coûteuses.

Une seconde question a été abordée dans la foulée : celle de la procédure à suivre pour faire homologuer son produit innovant dans le secteur du bâtiment avec Coralie Nguyen, Chef de Division au CSTB, en charge de l’activité d’évaluation pour les procédés utilisant les énergies renouvelables dans le bâtiment.

Le cadre réglementaire et son évolution déterminants pour les start-ups régionales

Les différents intervenants qui se sont succédé ont permis de mieux cerner ce thème des normes et homologation, qui marque fort ce secteur de l'énergie. Le contre-exemple a été donné par Etienne Delhaye, ancien cadre de STMicroelectronics, avec la microélectronique. Contrairement à celui de l'énergie, c'est un secteur où les normes de spécification de produit sont internationales et mondialisées.

La situation actuelle pour les start-up de l’énergie régionales (ENR et pilotage automatisé de l'énergie)? Elle a été présentée par Laurent Masson, chef du projet ENERGEIA à l'Incubateur PACA-Est. Sur 15 start-up de PACA étudiées, il apparaît que 6 d’entre elles ont directement débuté à l’international, sachant que 13 ont des marchés "naturellement internationaux". Onze d’entre elles indiquent que le cadre réglementaire et son évolution sont déterminants, que cela soit aux niveaux des normes des installations, du cadre assuranciel, des obligations d’économie d’énergie, de la régulation des prix de l’énergie, des incitations fiscales.

Les clés de succès d'une approche par l'offre

"On notera en particulier que les revirements et autres évolutions de la réglementation sont très impactants et peuvent parfois être fatals pour les start-up si ils sont menés à un rythme trop rapide (cf. le photovoltaïque dans les années 2010)", a souligné Laurent Masson. Et d'apporter aussi quelques observations concernant l'approche par l'offre.

  • C’est quand la R&D est conduite en fonction des besoins clients qu’on observe les meilleurs démarrages de start-ups.
  • Il est parfois nécessaire pour les start-ups de se regrouper avec d’autres entreprises pour être à même de proposer une offre complète
  • La densité et l’intensité des relations avec les clients amènent à amorcer des pivots stratégiques, observés dans plusieurs start-ups du panel

Laurent Masson, sur cette question, a également présenté un outil utilisé dans certaines start-ups et qui permet d’aider à la définition d’une nouvelle offre : TRL+DRL, selon une approche proposée par l’ONERA, qui ajoute le Demand Readiness Level au Technology Readiness Level, outil venu de la NASA.

Les retours d'expérience de GreenCom Network, Emeraude Energie et Qualisteo

Trois retours d'expérience sont venus conforter cette analyse. Olivier Brie (GreenCom Network-Ubinode), a perdu 2 ans en se concentrant d'abord sur le marché français au démarrage avant de se développer avec succès à l'international en Allemagne avec un partenaire allemand.

Avec Emeraude Energie, Pierre-Yves Lambert s’est retiré du marché français tout en gardant ses actifs et est allée à l’international pour développer des centrales PV au sol avec comme clients par exemple des utilities nord-américaines. Pour Qualisteo, société dans laquelle il a investi en 2010, c'est le chemin contraire : la société s’est recentrée sur le marché français avec un détour aux USA en Californie (dans le cadre du programme NETVA).

La question des normes et homologation vue d'un grand groupe

Mais aller à l'export directement, demande beaucoup de temps et de moyens. Illustration par Guy Laudereau, ingénieur certification & écoconception, chez Schneider Electric à Carros. Les mappemondes présentant les différentes normes à respecter selon les zones géographiques dans son secteur sur différents marchés (industrie, marine marchande) ainsi que la multiplicité d'organismes certificateurs dont 5 en Europe donnent une idée des difficultés que les start-ups doivent surmonter. Elles ne peuvent se permettre, comme Schneider Electric,d' "enclencher le rouleau compresseur et développer un produit qui convient à tout le monde".

D'autres points ont été soulevés. Georges Dao (UPE06) a rappelé l'importance de mettre en avant, au-delà de l'innovation technologique, l’innovation dans les usages. José Massol (Méditerranée Investissements) a insisté sur la nécessité de se positionner clairement dans la chaîne de valeur. Celà avant même que de chercher à savoir à quelles normes il fallait répondre.

Mais on le voit, mener une start-up de l'énergie est tout, sauf une sinécure. Principalement pour trois raisons : la chaîne de valeur se présente souvent comme floue et mouvante; l’énergie est un sujet stratégique à forts enjeux pour les Etats des différents pays dans une Europe sans politique énergétique unique; et troisièmement, les start-ups se trouvent sur un terrain de jeu peuplé de très gros acteurs économiques, pour la plupart "historiques". D'où l'idée de l'Europe de rechercher les moyens d'aider ces jeunes pousses innovantes à grandir à l'ombre des grands arbres...L'objet même du projet ENERGEIA.

Les cinq propositions pour mieux franchir la barrière

De cet atelier, cinq propositions que résume Valérie Blanchot-Courtois, expert des technologies et de la science dans le domaine des énergies renouvelables, en sont cependant ressorties pour ouvrir le chemin aux start-ups de l'énergie.

1. Sensibiliser Capenergies et les 3 autres pôles de compétitivité de l’énergie (Derbi, Tenerrdis et S2E2) au fait qu’ils pourraient accompagner les start-up de leurs territoires à l’international, en s’appuyant notamment sur les grandes entreprises membres.

2. Faire mieux connaître auprès des start-up qui ont développé des innovations pour le bâtiment l’offre de services du CSTB permettant d’obtenir un avis technique, ainsi que les modes de financement associés.

3. Simplifier l’accès aux Évaluations Techniques Européennes ou ETE pour les start-up de l’énergie.

4. Développer un véritable réseau social européen des start-up de l’énergie et des acteurs de l’accompagnement associés afin de faciliter, via les liens créés, le développement des start-up de l’énergie en Europe. S’appuyer sur les participants à Energeia pour lancer ce réseau. Ce réseau devra faciliter aux entrepreneurs de l’énergie l’identification et la prise de contact rapide avec des experts ou des personnes clés dans les pays visés.

5. Lancer un concours européen à la création d’entreprise innovante dans l’énergie, en s’appuyant sur les acteurs d’Energeia


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