ShareThis

Assassinat JFK : pour le journaliste Paul Barelli, la divulgation des archives secrètes est une supercherie

Passionné par le mystère JFK, le journaliste niçois Paul Barelli a rédigé un mémoire universitaire : "L’implication du crime organisé dans l’attentat contre JFK". Cela dans le cadre d’un Master 2 de Sécurité Intérieure-Police-Droits fondamentaux de la personne à l'Université de Nice en 2004. A l'occasion de la divulgation des archives secrètes, il rouvre le champ de la réflexion sur ce dramatique événement qui, 54 ans après, n'a toujours pas livré ses secrets et risque de les garder encore longtemps.

Voici l'article que Paul Barelli, président du Club de la presse Méditerranée 06 et correspondant du Monde, a réalisé et publié aujourd'hui sur le site du CPM06 et que nous reprenons avec l'accord de l'auteur. Quel chercheur sérieux peut-il accréditer la véritable imposture selon laquelle dans 6 mois les archives secrètes sur l’assassinat de JFK seront rendues publiques dans leur intégralité ? Il est question de dizaines de milliers de documents pesant 6 tonnes dont une vaste partie a été publiée. Le 27 octobre, l’administration Trump a publié en ligne 2891 documents sur 3100, repoussant toutefois de six mois jusqu’au 26 avril 2018 la divulgation de certains documents de la CIA et du FBI jugés trop "sensibles".

Les documents susceptibles de mettre en cause les zones d’ombre d’un Etat ne sont quasiment jamais livrés au public. Déclassifiés. Aucune démocratie n’y échappe. Le simple fait que la date de divulgation des archives JFK ait été reportée plusieurs fois ne plaide pas en faveur du "Grand déballage". Tendre à le faire croire à l’opinion publique relève d’une supercherie.

Les archives secrètes "expurgées"

Pour tous ceux qui se sont penchés sérieusement sur ce dossier, il est clair que ces archives ont été "expurgées" par la police de Dallas, la CIA et le FBI. Non pas forcément dans le cadre d’un complot mais pour une raison incontestable : à Dallas, le 22 novembre 1963 les balles qui ont tué JFK, à Dealey Plaza, attestent d’une faute lourde de toute la chaîne sécuritaire chargée d’assurer la protection du président. Dans une ville rongée par la haine anti-Kennedy, le parcours du cortège a été publié et ce n’est qu’une des fautes parmi d’autres.

De très nombreux chercheurs s’accordent sur un point : la CIA et le FBI ont "couvert" le meurtre de JFK. Ce qui ne prouve pas que ces agences aient participées à un complot. Ainsi un rapport de la CIA, daté de 2013 et déclassifié en 2015 rapportait que la Cia avait bien couvert le meurtre. Son directeur de l'époque, John McCone, a dissimulé des informations aux investigateurs de la commission Warren, chargée de l'enquête sur l'assassinat.

Oswald surveillé par la CIA et le FBI

En particulier le fait que la CIA était entrée en contact avec Lee Harvey Oswald avant 1963, et l'avait mis sous surveillance après sa tentative de prendre la nationalité soviétique lors de son séjour en URSS. Ce qui ne l’a pas empêché de se procurer une carabine Mannlicher-Carcano par courrier, de se prendre en photo avec et de s'en servir pour tuer le président américain.

Oswald était suivi par la CIA et le FBI. Les deux agences auraient interféré ne serait-ce que pour masquer leur incompétence. Hypothèse basse. L’autre hypothèse semble difficile à prouver. Elle rejoint la théorie du "complot" selon laquelle des éléments marginaux liés à la CIA et au FBI auraient été impliqués.

Les tenants de la thèse du "tueur unique" Lee Harvey Oswald se réfugient de manière rituelle derrière le rapport fameux de la Commission Warren version officielle. Ils omettent de se référer à la conclusion déterminante : eJohn Kennedy a été victime d’un complote du HSCA le House Select Committee on Assassinations (Comité restreint de la Chambre des représentants sur les assassinats de John Kennedy et du pasteur Martin Luther King).

1979 une commission conclut au complot

En janvier 1979, le HSCA conclut "sur la base des preuves dont il a pu disposer, que le président John.F Kennedy a probablement été assassiné dans le cadre d’une conspiration(..)". Le juge à la cour Suprême Oliver Wendel Homes a simplement défini la conspiration comme un "partenariat dans un but criminel". (…) Même sans preuve de conspiration sur les lieux mêmes de l’assassinat, il y aurait tout de même une conspiration si Oswald a été aidé".

Le HSCA ne désigne pas clairement les coupables et les commanditaires, même si, entre les lignes, la mafia est soupçonnée. Les recherches les plus fouillées privilégient la piste de la mafia alliée à d’autres acteurs. Elle aurait participé à l’attentat. Elle avait un mobile -les frères Kennedy ont contrecarré ses actions- et les moyens.

Au terme de deux volumes d’auditions et de pièces, le HSCA affirme qu’il y avait "plusieurs tireurs embusqués à Dallas", et souligne les "errements" de la CIA ou du FBI dans l’enquête, sans toutefois conclure sur leur implication dans la conspiration. "Malgré cela, souligne le chercheur Thierry Lentz, avec le HSCA quinze ans après le rapport Warren, une instance officielle américaine a déclaré que JFK avait été victime d’un complot. On oublie trop souvent en France cet élément essentiel du dossier Kennedy". Dans ce contexte tortueux, labyrinthique des hypothèses controversées sur le mystère JFK , imaginer que les archives dévoileront la vérité n’est pas réaliste.

Paul Barelli

 

 


Crédits Indigen
- Copyrights WebTimeMedias 2011