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Metro à Cannes : l'analyse des commerçants cannois

Le texte intégral de la lettre que les commerçants cannois ont envoyé au maire de Cannes. Une remarquable étude d'impact qui éclaire bien le problème posé.



Voici le texte intégral de la lettre qu'Henri Lisnard, président de l'ACIAC (Association commerciale, industrielle et artisanale de Cannes La Bocca) a adressée fin avril au maire de Cannes. Elle est intéressante à plus d'un titre. D'abord parce qu'elle traite du problème à partir d'une logique économique, alors que ce débat entre grandes surfaces et petits commerces a le plus souvent été abordé à travers une logique passionnelle. Ensuite parce qu'elle apporte des arguments chiffrés. Dans cette guerre d'usure entre commerce de centre ville et de périphérie, il s'agit là d'une arme nouvelle : une étude d'impact, remarquablement réalisée, par laquelle les commerçants cannois tentent de montrer les effets, dévastateurs pour eux, de l'implantation de cette grande surface de vente aux professionnels dans la zone industrielle de Cannes la Bocca.

' Monsieur le Maire, Nous revenons sur le projet du groupe METRO consistant à développer une succursale appelée 'METRO LIBRE SERVICE DE GROS' à Cannes. Il existe 33 entités de ce type en France. Leur création a occasionné, à chaque fois, de profonds désordres dans l'économie locale lorsque l'implantation s'effectue sur des sites où existe déjà un tissu économique dans des activités similaires. En effet, METRO ne génère aucun marché nouveau et sa croissance ne s'opère qu'au détriment du négoce de gros existant. Par ailleurs, l'implantation d'un METRO comporte des effets indirects très destructeurs. En particulier l'appel systématique à une centrale d'achat (dénommée M.C.A., CMM pour les liquides ou Métraldis pour les gros conditionnements) supprime les marchés de nombreux petits fournisseurs locaux. De même, il existe des conséquences non négligeables sur le commerce de détail : la vente exclusive aux professionnels, si elle permet de contourner habilement la loi RAFFARIN, n'assure absolument pas que ces professionnels n'achètent pas pour eux-mêmes des biens de consommations courantes, ni qu'ils 'ne rendent service 'à des particuliers, en achetant pour ceux-ci. Cela est si vrai, que METRO ne se prive pas de vendre de nombreux biens à usage non professionnels : télévisions, magnétoscopes, hi-fi, appareils photos. D'ailleurs, contrairement à une idée répandue, la presque totalité des besoins d'un client peut-être couverte. METRO offre, aujourd'hui, 5000 références hors alimentaires (13% de son chiffre d'affaires). Stratégie monopolistique, assujettissement des fournisseurs, emploi de main-d'?uvre précaire, METRO représente le type même de commerce de masse et de casse, dont on connaît aujourd'hui l'impact globalement négatif sur tous les agrégats économiques et au développement anarchique duquel le législateur a entendu mettre un frein. L'argument principal de METRO, à savoir la baisse des prix et l'assainissement du marché se révèle particulièrement fallacieux : dés que la concurrence locale est éliminée ou marginalisée, METRO revoit toujours sa politique de remise et pratique un nouvel équilibre des prix à la hausse, au détriment d'une clientèle désormais captive.

MONSIEUR LE MAIRE, LA VILLE DE CANNES EST CONCERNEE ! - CONCERNEE, parce que les études économiques entreprises par METRO portent toujours sur un marché de clientèle situé à moins d'une demi-heure du point de vente. En effet, METRO ne pratique pas de livraison. Ce n'est pas un hasard, si METRO s'installe dans une zone très facile d'accès et située SUR LE LIEU MEME OU SE TROUVE LES CONCURRENTS QU'IL ENTEND BIEN FAIRE DISPARAITRE. - CONCERNEE, parce que les conséquences de l'implantation d'un magasin METRO ne sont pas seulement commerciales mais sont aussi économiques, sociales et touchent l'intérêt général local au sens le plus large.
L'aspect économique :
Le libre service de gros METRO situé à Nice a très rapidement atteint un chiffre d'affaires hors taxes de 700 millions de francs avec 160 salariés. L'objectif affiché pour Cannes est de 500 millions de chiffre d'affaires avec 120 salariés. La plupart des postes créés le seront, soit à titre précaire (contrat à durée déterminée notamment), soit en travail partiel. Les rémunérations sont de l'ordre du SMIC. pour les horaires effectués. La structure de direction est peu développée sur place, il n'y a pas de véritable patron ; l'entité, une société anonyme au capital de 1 million de Francs est toujours directement dirigée par les co-gérants de METRO-FRANCE et le responsable de la zone Europe du Sud. Ceux-ci ne résident pas dans la région et n'y ont aucun intérêt personnel. Grâce à une standardisation très poussée des tâches et au travail effectué en amont par la structure centralisée, l'entité 'METRO libre service de gros' peut traiter un chiffre d'affaires très important avec un minimum de personnel : de l'ordre de 4 millions de francs par salarié. Compte tenu du peu de personnel et par la technique du plafonnement en fonction de la valeur ajoutée, les taxes professionnelles payées par un magasin METRO sont très faibles. En effet, METRO ne rend aucun des services (livraison, crédit) qui sont générateurs de marges plus importantes ou de valeur ajoutée. En face, les entreprises locales directement menacées (nos études de marchés en ont dénombré douze qui devraient disparaître à très court terme, une vingtaine à moyen terme, les conséquences à long terme étaient celles d'un sinistre majeur) alignent un chiffre d'affaires de 650 millions de francs. Elles emploient directement prés de 500 personnes. La plupart de ces emplois sont stables et payés au-delà du minimum légal. Contrairement à la structure METRO l'administration de ces sociétés s'effectue sur place, générant de nombreux emplois dans le tertiaire. La gestion à taille humaine permet souvent de faire face aux aléas sociaux (prêts au personnel, soutien en cas de maladie, en cas de décès, etc...). Ces entreprises règlent des taxes professionnelles pour 5 500 000 francs environ. Ainsi donc, et c'est évident si l'on considère simplement le chiffre d'affaires prévu par METRO, l'implantation de celui-ci va faire disparaître de nombreuses entreprises locales, parmi les plus prospères et les plus importantes de la ville. C'est un séisme économique qu'il est hors de question d'envisager.
L'aspect social : L'une des conséquences la plus visible sera bien sûr la casse immédiate de près de 400 emplois nets. A terme, les dégâts en matière d'emploi seront beaucoup plus importants : perte de crédibilité bancaire des entreprises survivantes conduisant peu à peu à leur disparition ou à des licenciements, entreprises fournisseurs touchées en amont, impact sur le commerce local général (concessionnaires automobiles : forte diminution des ventes de véhicules de livraison. Electro-ménager, télévision et Hi-Fi : perte importante de marchés dans un secteur déjà touché. Commerce de centre ville, professions libérales, secteur artisanal : subiront les conséquences de l'appauvrissement ou de la disparition des couches sociales à revenus importants). Une conséquence à moyen terme sera, en effet, la mise à mal d'une partie des classes actives de la ville à fort ou moyen pouvoir d'achat, notamment dans le tertiaire. Cet écrêtement de la clientèle permanente accentuera encore la saisonnalité du commerce cannois. Cette tendance lourde est combattue, actuellement, tant par les pouvoirs municipaux que par les entrepreneurs privés. Les effets pervers en sont particulièrement nocifs. De même, de telles évolutions provoquent le remplacement d'une élite 'décideuse locale' impliquée dans le devenir de la ville et dans la gestion des événements à long terme par des structures centralisées lointaines et souvent non-permanentes, préoccupées pour l'essentiel de rendements à court terme. La ville et la région subissent alors les aléas d'une économie coloniale : l'actualité donne quotidiennement l'exemple de tels conflits et démontre qu'il est trop tard pour réagir lorsque la politique économique de la ville a été envisagée à courte vue. L'examen des emplois créés par la société METRO est particulièrement instructif et aurait de quoi effrayer tout responsable local qui voudrait bien s'en donner la peine. METRO recrute, en effet, tout principalement dans des emplois précaires, peu payés, peu valorisants, très souvent à mi-temps et fait appel fréquemment à une main d'?uvre extérieure. METRO est une véritable 'pompe à cas sociaux' pour lesquels un emploi de courte durée conditionne souvent la mise en place de leurs droits... C'est à la localité qu'il appartiendra de gérer, par la suite, le logement social et les aides, le RMI, etc... Contrairement à une idée répandue METRO n'est pas un concept d'avenir, mais systématise le très vieux 'cash and carry' (payer et emporter). La généralisation de ce créneau commercial est incompatible avec l'urbanisme d'avenir. Tous les efforts vont, au contraire, avoir pour but de fixer les véhicules à l'extérieur des villes pour faire appel aux transports en commun, tant pour les personnes que pour les marchandises. L'avenir est donc au circuit de livraison. Enfin, nous n'abordons, que pour mémoire, l'enlaidissement du paysage périphérique de la ville par la construction de nouveaux hangars. Ainsi donc, les inconvénients de ce projet sont nombreux et majeurs. Il n'existe, en revanche, aucun point favorable qui pourrait conduire à son approbation. C'est la raison pour laquelle l'ensemble des professionnels que nous représentons entend voir la municipalité s'impliquer totalement et courageusement pour en favoriser l'abandon. Notre association, vous l'avez compris, ne reculera devant aucune manifestation pour faire valoir sa position y compris en utilisant les grands événements cannois. METRO ne passera pas, nous y sommes déterminés. Veuillez croire, Monsieur le Maire, à l'assurance de notre plus grande considération.


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