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Regard franco-américain sur l'éducation : comment sont utilisés les MOOCs?

Quels sont les profils et les intentions de ceux qui suivent un MOOC, un cours massif en ligne ? Quels sont leurs niveaux ? Les domaines d'enseignement? Sandrine et Maxime Crener, dans leur chronique hebdomadaire, apportent des réponses à partir d'une étude effectuée aux Etats-Unis sur trois ans de MOOCs par EdX, la plateforme créée en 2012 par Harvard et MIT.

Dans leur chronique hebdomadaire "Regard franco-américain sur l'éducation", Sandrine et Maxime Crener, reviennent sur la révolution des MOOCs. Ils s'y étaient déjà intéressés en s'attachant plus particulièrement aux questions de coûts ("Combien coûte un MOOC?"). Mais pour parler retombées, encore fallait-il mieux savoir comment étaient utilisés ces cours massifs en ligne. Une étude effectuée par EdX (la plateforme américaine avec laquelle, le W3C a engagé un partenariat pour notamment son premier MOOC lancé sur HTML5 à partir de Sophia Antipolis) leur a apporté des éléments de réponses. Voici leur texte.

MOOC : bilan après 3 ans de MOOCs à EdX

Dans une note précédente nous avions discuté des problèmes de coûts de création d’un MOOC, il était cependant difficile de parler de rentabilité et des retombés réelles de cette nouvelle forme de pédagogie qui suscite cependant un engouement important auprès de divers publics. Nous avons assisté récemment à la présentation d’une étude effectuée par EdX, la plateforme créée en 2012 par Harvard et MIT qui nous semble être la plus exhaustive et la plus approfondie sur l’utilisation des MOOCs.

En France, rappelons à nos lecteurs les analyses de Quentin Isabelle et de Mathieu Cisel sur les évolutions des MOOC et les défis pédagogiques qu’ils posent. Aux Etats-Unis, divers travaux comme ceux de Christensen et Davis commencent à mieux cerner les profils des inscrits et leurs motivations. Mais jusqu’à présent il n’y avait pas de synthèse complète sur les expériences réalisées sur une période longue (deux ans) et un vaste échantillon.

Ainsi le travail de Ho* et alii vient compléter ce manque et ouvre de nouvelles pistes de réflexion et d’action. Les chercheurs de Harvard et MIT ont ainsi examiné et analysé 68 MOOCs suivis par 1.7 millions de participants, représentant 1 milliard de connections et 10 millions d’heures de connexion. La taille et la durée de l’étude ont permis de faire émerger et mettre en lumière un certain nombre de faits importants et des indicateurs significatifs pour l’avenir.

On note d’abord que sur la période étudiée qui est de 790 jours (Juillet 2012 à Septembre 2014) il y a eu en moyenne 1.300 participants par jour pour un total de 1.030.000. Sur l’ensemble des 68 cours la présence cumulée voisine les 2.000 personnes-jours.

Une deuxième remarque importante concerne les intentions et le profil des participants. Ainsi 57% des participants interrogés signalent leur désir d’obtenir le certificat de fin d’études, mais ils ne sont que 24% à l’obtenir finalement. En ce qui concerne leur expérience professionnelle 39% des répondants déclarent être professeur ou l’ayant été. De surcroit 21% de ces professeurs-« Moocer » ou instructeurs ont suivi le cours dans leur discipline d’enseignement !

Il est intéressant de constater que dans les études effectuées en France sur les MOOC et mentionnées préalablement les apprenants sont des hommes jeunes, très diplômés et insérés dans la vie active.

Afin de mieux analyser les domaines d’enseignement les auteurs américains ont regroupé ces 68 cours en 4 grandes catégories :

Computer Science, STEM (Science, Technologie, Ingénierie et Mathématiques), Humanités/Education et Gouvernement/Sciences Sociales.

Les cours de Computer Science ont en moyenne 4 fois plus d’étudiants que toutes les autres catégories, environ 68.000 par rapport à 19.000. Cependant le taux de certification de cette catégorie et de celle du STEM est environ de moitié par rapport aux 2 autres catégories, donc respectivement 7% et 6% contre 14% et 11%.

Le tableau suivant résume bien les grandes caractéristiques de la population étudiée.

Ce qui est le plus remarquable parmi ces données est sans conteste le fait que 70% des participants ont au moins un Bac+4 !

A la lueur de ces premiers résultats des analyses sur les politiques éducatives seront certainement discutées dans de nombreux pays afin de mieux comprendre le nouveau rôle des technologies dans l’enseignement. Il ne faut pas oublier par ailleurs que presque 70% des inscrits aux MOOC n’étaient pas de nationalité américaine.

  • *HarvardX and MITx : Two years of Open Online Courses, par Ho, A.D., Chuang, I., Reich, J., Coleman, C., Whitehill, J., Northcutt, C.,Williams, J.J., Hansen, J., Lopez, G.,& Petersen, R., (HarvardX Working Paper No 10).

Sandrine et Maxime Crener

  • Retrouvez tous les articles de la chronique "Regard franco-américain sur l'éducation" de Sandrine et Maxime Crener : Tag Regard  education

Sandrine et Maxime Crener : l'axe Boston-Côte d'Azur

Maxime Crener a dirigé le Ceram à Sophia et développé l'Université Internationale de Monaco. Son épouse, Sandrine, est Research Associate à la Harvard Business School. Tous deux, installés depuis cinq ans à Boston, ont gardé un pied sur la Côte d'Azur. Ils sont aussi souvent appelés par des amis azuréens ou monégasques inquiets pour l'avenir de leurs enfants. D'où l'idée de cette rubrique hebdomadaire sur les problèmes actuels de l'éducation avec un point de vue posé des deux côtés de l'Atlantique.


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