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Regard sur l'éducation : qui bénéficie des MOOCs et pourquoi

Alors que les MOOCs, ces cours en ligne massifs, commencent à fleurir en France, il est possible aujourd'hui d'en savoir un peu plus sur ce qu'ils apportent et à qui. Dans leur "Regard franco-américain sur l'éducation", Sandrine et Maxime Crener font le point. Sur les bases d'une étude américaine, ils pointent leurs limites mais également leur apport en tant que "facilitateur d’acquisition de connaissances dans un marché du travail en constante mutation". Bref, de "véritables compagnons d'apprentissage". Voici leur texte.

"Depuis 2012, 25 millions de personnes à travers le monde ont suivi un cours MOOC offert par l’une des grandes plateformes dédiées (Udacity, Coursera, EdX etc...). Ce nombre pouvait présager que la révolution MOOC était en marche et que leur utilisation se généraliserait à l’ensemble des systèmes universitaires mondiaux et à la population en général. Or aujourd’hui une nouvelle étude confirme les limites de ce modèle pédagogique car seulement un tout petit nombre de ces millions d’inscrits parviennent à compléter le cours choisi.

De surcroit cette étude montre que parmi ce petit nombre 80% d’entre eux détiennent déjà un titre universitaire  (en grande majorité une licence), 60% travaillent à temps plein et 60% habitent le monde développé ou font partie des pays de l’OCDE !

Cette nouvelle grande enquête, aux résultats très instructifs, a été effectuée en décembre 2014, auprès de 780.000 étudiants de 212 pays qui ont complété un cours de la plateforme Coursera. Le travail a été réalisé par une équipe d universitaires et de professionnels sous la direction de Daphne Koller, ancien professeur à Stanford, et maintenant Président- Fondateur de Coursera. Sur cette plateforme seulement 4% des inscrits ont complété un cours mais ils représentent cependant plus de 1 million d’étudiants, ce qui reste impressionnant.

Ainsi sur environ 52.000 répondants 58% étaient des hommes, 58% étaient actifs, 22% étaient étudiants à temps plein ou à temps partiel dans une université, et 83% avaient déjà au moins un diplôme universitaire ! La répartition géographique de cet énorme échantillon était la suivante : 34% en provenance des Etats Unis, 39% des pays de l’OCDE et 26% du reste du monde. L’âge médian était de 41 ans avec un éventail de 31 à 55 ans pour les 25e et 75e percentiles, respectivement.

En dehors de ces statistiques générales on note que les répondants sont satisfaits de l’enseignement suivi car le MOOC est pour 72% d’entre eux un moyen utile pour avancer dans leur carrière. A cet effet on remarque que le fait de suivre et de réussir un cours MOOC est un puissant facteur de motivation car pour 52% d’entre eux il améliore les conditions matérielles et/ou financières, permet de trouver un nouveau travail ou encore de créer sa propre entreprise.

D’ailleurs parmi ces 52% il faut retenir que 87% d’entre eux signalent avoir obtenu un véritable bénéfice (augmentation salariale, changement de responsabilités, nouveau job…). Ces bénéfices ont d’ailleurs beaucoup plus d’effets sur les classes sociales déjà bien établies et ayant une formation universitaire. Néanmoins on a remarqué que certains bénéfices tangibles (i.e. surtout les salaires) s’appliquent également à des catégories socio-professionnelles moins favorisées en termes de statut et d’éducation, et ce constat est valable aussi bien dans les pays développés que dans les pays en voie de développement.

Si comme nous venons de le signaler 72% des inscrits recherchent surtout dans l’obtention d’un MOOC une gratification socio-économique il est pertinent de noter que les 28% restants ont une motivation purement académique. Ainsi pour 88% de ceux-ci le but essentiel est le gain de connaissance dans une matière donnée ou l’obtention d’un crédit universitaire (18%). Pour les étudiants qui ne sont pas inscrits dans une université (53%), en grande partie des étudiants des pays en voie de développement, on a pu remarquer que ceux ayant un moindre statut socio-économique tirent plus de bénéfice des MOOCs que ceux ayant un statut socio-économique plus élevé. Parmi ces 53% il y a également des étudiants plus âgés (25-40 ans) qui suivent des MOOCs afin d’acquérir des connaissances valorisées sur le marché de l’emploi ou d’actualiser leur savoir.

En conclusion cette ample enquête confirme l’importance des MOOCs comme facilitateur d’acquisition de connaissances dans un marché du travail en constante mutation et qui requiert plus de flexibilité et de capacité d’adaptation."

  • *Who’s Benefiting from MOOCs, and Why, Harvard Business Review, Septembre, 2015; par Chen Zhenghao, Brandon Alcorn , Gayle Christensen, Nicholas Eriksson, Daphne Koller et Ezekiel J. Emanuel.

Sandrine et Maxime Crener

  • Retrouvez tous les articles de la chronique "Regard franco-américain sur l'éducation" de Sandrine et Maxime Crener : Tag Regard  education

Sandrine et Maxime Crener : l'axe Boston-Côte d'Azur

Maxime Crener a dirigé le Ceram à Sophia et développé l'Université Internationale de Monaco. Son épouse, Sandrine, est Research Associate à la Harvard Business School. Tous deux, installés depuis cinq ans à Boston, ont gardé un pied sur la Côte d'Azur. Ils sont aussi souvent appelés par des amis azuréens ou monégasques inquiets pour l'avenir de leurs enfants. D'où l'idée de cette rubrique hebdomadaire sur les problèmes actuels de l'éducation avec un point de vue posé des deux côtés de l'Atlantique.


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